J'avance et dévore

 

« Ce qui m'a toujours intrigué, dit l'auteur, c'est la connivence entre les idées et les matières dont elles sont indissociables. Quand, adolescent, je visitais des châteaux (forts, hantés ou princiers) en mission pour quelque magazine d'architecture, je tentais déjà de transmettre ce que me disaient à voix basse les bâtisses, le murmure des murs, la mémoire des pierres. Cette obsession de l'esprit vivant dans la matière est restée présente, quotidienne même, et c'est elle qui m'a, semble-t-il, poussé à disséquer les mécanismes de l'écriture manuelle ainsi que les objets qui la fabriquent, les arts du livre en général. C'est au cours des recherches sur la généalogie du papier que le nombre stupéfiant de malheurs survenus aux bibliothèques, et jamais étudiés jusque-là, m'a conduit à raconter aussi ces attaques du support de la connaissance. Histoire en creux de l'histoire, si l'on veut. Elle démontre en tout cas que, séparée de la substance qui la concrétise, la pensée reste comme inachevée, impuissante, sans objet. »

Alors quel est le secret des livres ? Que surgit-il quand l'encre se marie au papier ? Écrire est-il un exutoire de la pensée ou, tout simplement, sa tutelle ? Suivant le grand précurseur et un des rares philosophes français originaux, Gaston Bachelard, peut-on parler d'une intelligence des choses ? Et, à partir de là, d'une intelligence du monde ? »

Une existence plus tard, les questions qui me guident ne se sont pas toutes assorties de réponses. Mais au moins elles attestent de cette vérité que, dans le monde hostile où nous vivons, les livres et eux seuls sont les marchepieds de l'esprit libre. »

Bibliothèque de Dunham Massey Hall, dans le Cheshire (cliché National Trust)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

    MAJ 30/11/2016

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