Journal


24 juin 2006 : Blanc
Pour une durée indéterminée sauf après qu'elle aura cessé cette rubrique s'interrompt pour prendre le temps de réfléchir, notamment sur elle-même.

23 juin 2006 : Rubrica
Pour les vrais mordus d'enluminure et d'écriture médiévales, l'abbaye de Saint-Gall vient d'ouvrir ses rayonnages électroniques. Une centaine de manuscrits sont feuilletables en tous sens et agrandissables à volonté pour les copistes d'aujourd'hui. Navigation et informations générales en français, mais la maîtrise de l'allemand et du latin ne sont pas inutiles pour bien profiter des passionnantes données sur ces 40 000 pages. Félicitations et remerciements empressés à l'équipe du professeur Christoph Flüeler pour cette merveilleuse entreprise : c'est peut-être la seule bibliothèque du monde à pouvoir se donner à lire telle qu'il y a douze siècles !

25 mai 2006 : Bleu
Au jeune Algérien qui me sert à la fromagerie des Petits-Carreaux, je demande une demi-livre de beurre. Sans sourciller, sans doute à cause du piercing qui lui barre l'arcade, il se dirige vers la motte et demande en biais à la caissière, qui est chinoise, combien de beurre il doit me donner. Comme elle lui répond 250 grammes, il s'étonne : " Mais pourquoi il parle en livres ? "
C'est une question que je me pose aussi depuis longtemps.

20 mai 2006 : Mouvements de troupes
Après deux ans de réflexion, Microsoft a décidé de copier lui aussi son petit camarade Google, mais en tentant de passer pour un bon garçon aux yeux de la maîtresse : son projet de numérisation de livres reste une offre polie et irrésistible adressée aux éditeurs. Si bien que la majorité de l'édition française enrage : le cadeau de bienvenue est pour l'instant réservé aux Américains !

15 mai 2006 : Le petit dernier pour la route

Au creux de cette Mer Rouge qu’est le passage du livre réel à la lecture en ligne, je voudrais dire à quel point Livre, (Michel Melot, éditions de L'oeil neuf) me semble une lourde borne qui vient de tomber, là, pour bien marquer un point de non retour. Le titre, d’abord : pas de titre, couverture mollement rigide, enduite d’un pelliculage mauve tel un linceul glacé, tandis que le papier est imprégné d’azurants optiques, dont on sait la volonté de tuer le papier ; typographie à l’avenant, pas même décongelée. Et regardez bien l’esprit fooding des illustrations : ce sont ces mêmes très gros plans auxquels sont réduites les plaquettes institutionnelles, celles des banquiers, des fédérations d’associations de syndicats professionnels, images aveugles de ceux qui n’ont rien à dire et tant à vendre. Noli me legere semble siffler la chose entre ses pages froides.

Ne voilà donc pas une publication exemplaire et courageuse ? Elle signifie qu’il faut maintenant, ô enfants, songer à se défaire de la relation amoureuse qu'entretenaient le texte et le papier, que le divorce est consommé entre les deux rives, celle de l’idée et celle de son support physique. Nul mieux qu’un vieux bibliothécaire n’aurait su avec autant de tact nous détacher les mains de vieilles et bientôt honteuses habitudes.


03 mai 2006 : It's not working
Non, ça marche pas. Les derniers mots du condamné Joseph Lewis Clark qui vient de se faire torturer dans l'Ohio à rideaux fermés, nous devrions les adopter comme devise cette année. Rien ne marche : la course des rats politiques peine à nous amuser encore malgré les surenchères et pas un tsunami en vue.

05 mars 2006 : Un milliard l'image et plus
Enlacé par deux athlètes voici le héros du jour qui grimpe dans son avion spécial ; leurs cagoules mettent en valeur le trois-quarts vaguement ironique de son visage. La rédaction du JDD a même flouté les menottes dans son dos, sans doute afin que la famille Menottes ne les reconnaisse pas. Tandis que trente motards l'accompagnent à sa résidence on s'étonne un peu que le ministre de l'intérieur ne soit pas venu à sa rencontre sur le tarmac.
Lorsque le suspect a été intercepté en Côte d'Ivoire, un journal a assuré que son extradition pourrait prendre des semaines, voire des mois : l'affaire permettrait une pression de Laurent Gbagbo sur Paris en vue de faire oublier le sombre dossier Kieffer. Mais le gouvernement français a trop besoin, tout de suite, de cette image dominicale du monstre embastillé. Celle-ci sera donc payée au prix fort, même si discret.
A qui profite le crime, demandait-on autrefois. La réponse aujourd'hui est : à tout le monde.

22 février 2006 : La calligraphie arabe mène à tout
Après vingt-cinq ans de présence à la direction de l'Ircica, le riche institut de recherche sur l'art et l'histoire de l'Islam, dont il est le fondateur, et qui est en quelque sorte le conservatoire de la calligraphie arabe vivante, le Stanbouliote
Ekmeleddin Ihsanoglu est devenu en 2005 le secrétaire général de l'Organisation de la conférence islamique (l'ONU des 57 pays musulmans). C'est à ce titre qu'il s'est élevé hier contre la fatwa venue de l'Uttar Pradesh qui veut couper le cou à ces pauvres caricaturistes danois, qui ne savent plus où se mettre. Le professeur Ihsanoglu (prononcer "Ihsanoolou") est un homme bien élevé, que le lien de l'islam avec toute forme de violence révulse profondément et même, sans doute, sincèrement. Lire davantage ici (mais en s'armant de patience, ce site est certainement le plus lent du monde).

10 février 2006 : La loi parle et givre
Dans la grande vague exterminatrice de la Bibliothèque par la Médiathèque, celle-ci marque encore un point à Clamart avec la fermeture décidée de concert par monsieur le Directeur du livre et monsieur le Maire, sans doute inspirés par LVMH à la Samaritaine : pour raisons de sécurité. Mais l'établissement n'est pas, pour une fois, une humble municipale que seule une poignée d'érudits et de nostalgiques regretteraient. "La Joie par les livres" a une histoire, même mieux : un pedigree. Aussi l'occupation des lieux n'a-t-elle pas tardé et la presse s'est empressée de faire le rapprochement de cette bévue avec d'autres bavures en banlieue. Dernière heure : les édiles entameraient un repli stratégique en ordre dispersé à en croire ce journal plutôt que le site officiel.
Comme toujours la pression populaire croiera qu'elle a vaincu, les exterminateurs parviendront à leurs fins autrement et plus tard, en crabe.

08 février 2006 : Nos vieilles barbes
Oscar du marketing à Charlie hebdo pour son numéro spécial vendu à 400 000 exemplaires, dont la caricaverture signée Cabu réussit à portraiturer sans visage - comme dans les livres anciens censurés des bibliothèques de l'Islam - un prophète accablé par la bêtise des extrémistes, donc rendu sympathique et consensuel. Soupir de soulagement de l'Elysée jusqu'au Caire. On frémit à la pensée des images que les grands ancêtres bétémés de ce journal auraient, eux, publiées.

23 décembre 2005 : Nocturnes
On ne peut qu'admirer l’économie de moyens du parti au pouvoir, qui élimine ses concurrents plus à droite en faisant porter par un seul député les attaques homophobes, l’envie de rétablir la peine de mort, le « rôle positif » de l’Algérie française et la loi sur les DADVSI. Cet innocent, comme on dit dans le Midi (il s’appelle Christian Vanneste, porte des Ray-Ban cerclées d'or et nous vient de Tourcoing) risque de se sentir bien seul quand il sera en enfer.
Par-dessus tout, ces offensives en règle prouvent, s’il en était besoin, que dans le ventre du libéralisme grouillent les larves d’un obscurantisme new look. Mais qui s’en soucie ? Le citoyen a mué en contribuable-consommateur et la gauche prépare les présidentielles de 2012.
On est libre de préférer les nocturnes du Louvre à celles du Palais Bourbon, en particulier pour éplucher à la quasi loupe les mastodontes sophistiqués d’Anne-Louis Girodet (1767-1824), qui est peut-être le seul peintre culotté de ce pays avant le XXe siècle : voir par exemple dans sa "Scène de déluge" l'allégorie de l'être humain déchiré par les horribles tiraillements familiaux. L’exposition se termine mais qu’à cela ne tienne : on peut la suivre à Chicago, New York puis Montréal. Sinon, le catalogue de quatre kilos neuf ne vaut que 49 euros (on regrette seulement que l'imprimeur, catalan, ait chargé avec trop de générosité sa machine d'encre noire : certains paysages ou portraits sont peu reconnaissables pour qui a vu les originaux lumineux, riches de détails subtils, mais virent au romantisme épais pour les autres).

22 décembre 2005 : Chocolats !
Ce qui manque le plus à ce combat de Dadvsi c’est un Goliath qui, faute de pouvoir gagner, montre à quel point son adversaire est moche et petit.
Dadvsi : « droits d’auteur et droits voisins dans la société de l’information » (et non « sur internet » comme le dit plus d’un blog), est un alignement de mots dont chacun ou presque est mensonger, mais personne ne s’élève pour dénoncer ce tissu de sottises destiné à abuser encore un peu plus les gens et plonger la main dans leur porte-monnaie. Un ou deux députés se lèvent en revanche pour proposer une idée de licence globale qui est une fumisterie absurde et impraticable, si ce n’est pour aérer un peu de sa naphtaline l’opposition. Les amateurs de démocratie, ce fromage d’antan, pleurent sur les ruines d’un parlement où les seules personnes compétentes sont celles qui imposent le droit des lobbies auxquels elles sont assermentées.   

20 décembre 2005 : Des moutons... Moutonsss…
Une nouvelle bourde, relevée par le site « Droits d’auteur le village », montre que le ministère des JENER (jeunesse, éducation nationale et recherche) entre en compétition avec celui de la culture dans la course des cyber godillots. Le préambule d’un « protocole sur l’utilisation des œuvres de l’esprit à des fins d’illustration des activités d’enseignement et de recherche, secteur de l’écrit », en cours de négociation avec des ayants droit, proclame en effet qu’ « un certain nombre d’utilisations traditionnelles des œuvres, telle la récitation, la lecture ou la dictée, nécessitent des autorisations qui, jusqu’à présent, n’étaient pas délivrées de manière expresse. » On peut suggérer que le Journal Officiel devienne le seul support pédagogique de ces exercices obligés. Belle économie en vue.

30 novembre 2005 : Notable retranché
La cervelle récurée jusqu’au sang par la recherche de nouveaux « objets » à mettre en tête de ses spams de Viagra et de Cialis, un petit malin a, semble-t-il, fini par mettre au point un logiciel de fabrication automatique de sujets, qui associe de manière aléatoire deux substantifs pris au hasard dans un dictionnaire, plus rarement un adjectif et un substantif, ou un adverbe et un adjectif. Nous n’avons pas hélas et pour l’instant, d’équivalent dans notre langue, ce que sans doute les défenseurs de la francophonie vont encore stigmatiser, mais voici pour les amateurs éclairés quelques-unes de ces bizarreries, dont certaines sont assez drôles, d'autres parfaitement hermétiques :
Entrenched notable, hardup heaven, monomania constitution, alumni nook, washer appliance, retention lubrication, choleraic seedcake, angleworm leva, interleaf medicare, photozincography Pembroke, recumbency publication, mango locksman, unconvincing omission, song peaceable, Cingalese rabbitwarren, overdrawn phylogenesis, skier baseless, geophysical psychosis, clarinet macroscopic, japonic carpet, campaign billet, infusion mnemonic, arrangement mob, disconnectedly enclitic, hostility cosmetic...

Il ne reste plus aux membres anglophones de l’Oulipo : Harry Matthews, Ian Monk, Ross Chambers… qu’à écrire un roman incluant ces données.


28 novembre 2005 : Vie sociale de l’information
Il n’existe à ma connaissance qu’un ouvrage profond, encore qu’assez amusant à lire, qui traite - parmi de nombreuses autres observations sur l’obsolescence à moyen et long terme des entreprises, mass medias, gouvernements, bibliothèques, universités, etc. - de l’absence d’humour et de distance que la dématérialisation du quotidien génère et générera. Contrairement à d’autres contrées, aucun éditeur français ne semble avoir eu vent de la pertinence brûlante de ce travail, dont la première apparition date pourtant de 2000.
John Seely Brown et Paul Duguid.
The social life of information. Boston, Harvard Business School Press, 2002. La table des matières, l’introduction et les trois premiers essais sont consultables sans publicité et avec toutes les notes sur l’excellente revue en ligne First Monday.

26 novembre 2005 : Qu’est-ce qu’on a ri !
Eté hier au théâtre de marionnettes, voir les nouveaux duettistes Finky et Diabledonné. Finky est le maigre mal peigné qui parle tout le temps et retourne les mots comme des gants au fur et à mesure, tandis que Diabledonné s’énerve et ne comprend rien à rien. C’est irrésistible, surtout quand Finky dit à des journalistes étrangers des choses « qu’il est impossible d’exprimer en France », de façon que tous les journaux parisiens les impriment le surlendemain. Sommé de s’expliquer, Finky baratine que la reproduction de son discours crée un double de lui-même, lequel veut bien s’excuser à la rigueur. A ces mots, ce gnafron de Diabledonné ne trouve plus les siens, qu’il a pourtant peu nombreux. Il se rue sur Finky et lui éclate la tête avec son gourdin. Cris et applaudissements. La salle se vide, c’est l’heure du goûter.

4 octembre 2005 : Retour atelier
La plupart des éléments qui constituaient les archives 01/2004-10/2005 de ce journal sont retirés pour être actualisés, peaufinés et développés afin de servir de point de départ à Feux sans fin, livre imprimé sur papier chez Denoël, début 2007.

24 septembre 2005 : Retour
La parenthèse s'est ouverte de manière instructive à Alger (cela sera raconté, peut-être même en détail).
Elle se refermait avec une conférence enflammée à Genève hier, pour voler au secours des bibliothèques, plus menacées que jamais, et aussi de ce pauvre Google Incorporated, si empêtré dans un projet qui le dépasse mais dont nous avons besoin.
La presse française claironne que Google Print Library est traîné en justice par l’Author’s Guild et trois de ses membres. Première question que devrait se poser le journaliste avant de transmettre l'information : qui sont ces gens ?

26 juin 2005 : Ouverture d'une parenthèse
Ce journal se met en pause jusqu'à l'automne afin de livrer le prochain manuscrit à temps pour une publication en janvier.

30 avril 2005 : Réponse à une bibliothécaire
A la conférence donnée hier matin à Genève à la demande de la Bibliothèque nationale suisse, devant une salle comble de bibliothécaires passionnés (impensable à Paris ?) par l'avenir des collections de livres et de la lecture publique, une auditrice s'étonne de mon optimisme quant aux progrès de la technique après que j'ai dit, en substance, que celle-ci s'améliore toujours quoiqu'on fasse : elle prend pour exemple contraire l'obsolescence des supports de la mémoire. N'ayant pas eu assez de temps pour lui faire une réponse conséquente, voici : quand j'ai commencé à avoir des textes publiés dans les périodiques, en 1962, il fallait les envoyer par le facteur, ensuite on pouvait le faire par fax et maintenant la page formatée peut aller directement des neurones à l'imprimeur, ou au journal en ligne. Avancement indéniable. Mais si l'archivage des livres numérisés implique une angoissante nécessité de report tous les cinq ou dix ans d'un support matériel à un autre, du magnétique au Century Disc et demain le nano autre chose,
c’est à cause d'une concurrence effrénée des marchandiseurs, qui sont au moins d'accord sur le principe de ne fabriquer que du périssable. Le progrès technique en fait s'accélère, mais le paradoxe est que, maintenant, le résultat est à l'opposé de ce qu'il nous semble raisonnable de souhaiter.

29 avril 2005 : Fête nationale au Togo
Lomé est à feu et à sang. Des jeunes ont incendié aujourd'hui la bibliothèque du Goethe Institut et 300 000 euros de livres sont perdus. Les motivations des manifestants sont peu claires, dit le secrétaire d'Etat chargé de la crise en Allemagne, dont le Togoland était il y a cent ans une Musterkolonie, une colonie modèle.

2 avril 2005 : Monsieur mon cher président,
Ne devriez-vous pas signifier à votre séide Gaudin qu’une bibliothèque n’est pas un music-hall et qu’il devrait aller organiser ses surprises-parties ailleurs (le Panier, par exemple, semble très indiqué pour le pince-fesse), surtout s'il décrète que l’institution sera fermée ce jour-là sans craindre d'exprimer son mépris pour les Marseillais qui aiment les livres et ceux qui sont au service de ces derniers.
Cette bibliothèque de l’Alcazar, c’est vous qui l’avez inaugurée. C’est sur votre blog que sa définition se trouve : « Grand espace de lecture publique, d'étude, de recherche et de conservation des documents, la plus importante bibliothèque patrimoniale de la Région Provence - Alpes - Côte d'azur s'impose également comme un lieu actif de développement culturel facilitant l'accès à l'information, à l'éducation, à la culture et aux loisirs de tous les publics. »
Double raison de rappeler à l’ordre l’édile au comportement par trop provincial et qui se croit encore sous Marcel Pagnol.
Vous pouvez copier ce courrier et l'envoyer à l'Elysée (l'onglet "Ecrire au président" est en bas à gauche de la page d'accueil). Ou vous contenter de lire le communiqué de la CGT, publié par Indymedia Marseille.

08 février 2005 : Le bibliothécaire avait une sale gueule
Ne pas manquer l'exposition Looted Books à Vienne, qui dure jusqu'au 27. A défaut de faire le voyage, il est possible de commander le catalogue (20 EUR) ou, a minima, de voir quelques images sur le petit site consacré à cet événement rare : la Bibliothèque nationale d'Autriche affrontant son passé nazi.

07 février 2005 : A lire aujourd'hui dans Le Monde

La réponse annoncée le 22 janvier et ci-dessous a été publiée aujourd'hui.
NB : le titre est de la rédaction du journal, de même que l'incise "comme le pense Jean-Michel Jeanneney", laquelle présente deux particularités : Jean-Michel Jeanneney a collaboré à un Lancelot du Lac avec Pastoureau, mais c'est certainement "Jean-Marcel" que le secrétaire de rédaction voulait ajouter dans son gauche caviardage. Ce Jean-Marcel Jeanneney était ministre des affaires sociales en 1966 et son fils est président de la BnF sous le prénom de Jean-Noël. Par ailleurs la petite phrase est placée à un endroit un peu bizarre, qui ne correspond pas du tout, justement, à ce qu'il pense. Cet homme estimable saura ne pas tenir rigueur de la dite faute à celui qui ne l'a pas commise mais, en revanche, revendique tout le reste, quoique sans animosité.


31 janvier 2005 : Ce jour-là justement
Sans grand effort, la suite de "Livres en feu" se nourrit chaque semaine de fermetures de bibliothèques dans le monde, auxquelles l'omnigooglisation ne va pas manquer de donner un bon coup de pouce. Les coïncidences n'existent pas toutes seules : le jour même de la proclamation Google, le 14 décembre dernier, on annonçait non seulement une disparition au CE de Renault Le Mans (voir plus bas) mais encore, apprenons-nous aujourd'hui, une décision tout aussi négative à l'Insee, dont la direction générale supprimerait sa bibliothèque, ne conservant que les publications maisons. Pas d'écho dans les journaux pour l'instant donc pas de lien, mais on peut entrer en communication avec un des syndicats mobilisés si on le désire : dg75-syndicat-cgt@insee.fr dg75-syndicat-cfdt@insee.fr dg75-syndicat-sud@insee.fr

22 janvier 2005 : "Ce jour où le monde a changé"
A
urons-nous dans trois ans seulement la Grande bibliothèque encyclopédique et universelle au bout de nos doigts ? Avec quelles conséquences, bonnes et mauvaises ?
La réponse est si vaste que quelques pages sont en cours de rédaction depuis un bon mois. Entre-temps, le président de notre Nationale, première victime du raz-de-marée annoncé, a fini par sortir de sa réserve tolbiacaise (Le Monde, 22-23 janvier), pour avancer des propositions indignes du XXIe siècle, et auxquelles il sera répondu. Les documents les plus instructifs se trouvent au bout des liens ci-dessous :
Communiqué de Google : http://www.google.com/press/pressrel/print_library.html
- De Googleprint : http://print.google.com/googleprint/library.html
- D
e Harvard : http://hul.harvard.edu/publications/041213faq.html
- D’Oxford : http://www.bodley.ox.ac.uk/news/news58.htm
Source BBC News :  http://news.bbc.co.uk/2/hi/technology/4094271.stm
En Inde, le « Kamat’s pot-pourri » : http://www.kamat.com/vikas/blog.htm
Vidéo du robot scanner : http://www.kirtas-tech.com/index.asp
Commentaire Wall Street Journal : http://www.opinionjournal.com/taste/?id=110006040
Article dans le Telegraph : http://www.arts.telegraph.co.uk/arts/main.jhtml?xml=/arts/2004/12/19/bolac19.xml&sSheet=/arts/2004/12/19/bomain.html
Google Inc. media contact : Nathan Tyler, +1 650-623-4311, nate@google.com

31 décembre 2004 : IN PPN
L'Imprimerie nationale ne passera pas la nuit. Toutes les raisons de la condamnation à mort sont alignées dans un dossier de presse intéressant à plus d'un sous-titre, et Télérama y va de son requiem
. Mais on remarquera que tous ignorent les Editions.
Quelles Editions ?

23 décembre 2004 : A mot couvert

Le jour où a été annoncée la nomination de madame Rice comme Secrétaire d’Etat, un éditorialiste parisien titrait : « Monica II ».
Quoi ? Bush aussi ? Mais non, il s’agissait d’une histoire de petit navire.


14 décembre 2004 : L'omnigooglisation du savoir a commencé
Le monde tremble d'excitation, de questionnements et d'angoisse : Google vient de passer un accord avec nombre de bibliothèques majeures (Harvard, Oxford, Stanford, Michigan et NYPL) pour numériser rapidement et sans distiction tous leurs livres afin d'en mettre en ligne le contenu. Une bonne centaine de millions de dollars va être rapidement déversée dans la mise au point et la production en série de scanners spéciaux destinés à obtenir un résultat tangible sans trop tarder (la numérisation des fonds avait débuté un peu partout, mais elle était lente, précautionneuse et hors de prix). En l'occurrence, admirons l'OPR (offre publique de rapt) lancée par un simple informaticien sur le capital des connaissances humaines, qu'il va lui être permis de rentabiliser sans le moindre état d'âme, sous couvert de l'immense service rendu à la communauté des chercheurs (surtout les hémiplégiques et les paresseux).
Une telle révolution, annoncée dans Livres en feu page 334, survient donc plus tôt que prévu et avec un opérateur inattendu. Elle pose tant de problèmes techniques, juridiques et intellectuels, voire philosophiques, qu'un bon chapitre dans la suite de ce livre ne sera pas de trop.

19 novembre 2004 : Le latingrec en appel
La réunion publique à l'EHESS du 15 mai, organisée par les vaillants centurions de l'enseignement des langues anciennes, a donné lieu à la publication d'un Appel pour le latin et le grec . Il est possible d'en obtenir un exemplaire gratuit par l'éditeur - évidemment - Les Belles Lettres.

18 novembre 2004 : Le prix du mal
Les lecteurs ordinaires ne s'en doutent pas. Chaque récipiendaire d'une grande récompense littéraire a accepté, déjà depuis des mois - parce que le parcours est long, d'interview en interview - de se déposséder de tout ce qui faisait sa vraie vie, afin de parvenir à cet état d'apesanteur où il finit par croire sincèrement en lui-même et en son oeuvre, sans quoi le prix ne peut lui être attribué. Tel un petit docteur Faustus, il lui est alors interdit de reconnaître ses amis dans la rue. Une autre vie commence, dont on met longtemps à guérir.

17 novembre 2004 : Sayyedna veille sur vous
L'homme à tête de tortue a fermé les yeux et croisé ses doigts moites pour l'action de grâce. Ses remerciements s'élèvent-ils vers quelque dieu ? Pas du tout. Ils vont vers le nouveau Vieux de la montagne qui, avec son habituel génie de la précision stratégique, a diffusé une vidéo juste à temps pour le faire réélire comme maître apparent du monde.
La première action du nouveau président est de s'adjoindre comme adjudant une parfaitement convaincante monstresse de bande dessinée. A partir de maintenant, tout être humain est un ennemi potentiel. Les soldats ont bien compris le message d'encouragement : ils se mettent à achever les blessés irakiens.
Du haut de sa forteresse afghane, Notre Maître sourit dans sa barbe.

15 novembre 2004 : Question de mots
La plupart des pays ont un ministère de la défense, toujours un peu sur la défensive en effet quand il se manifeste. Mais vu la façon dont tournent les choses, ne serait-il pas plus clair de créer un ministère de l'attaque ?

15 octobre 2004 : Pour ceux et celles qui veulent des nouvelles d'Anna Amalia
En anglais ou en allemand, voici tous les détails, ou presque. Pour le français, il convient d'attendre un peu que l'auteur ait tout analysé.

30 septembre 2004 : Oeil pour oeil ?
Un violeur récidiviste libéré par erreur. Les autorités judiciaires nous expliquent sans sourire qu'on a juste oublié de signer à son encontre la demande de prise de corps.

29 septembre 2004 : Lunettes noires
De retour du colloque
international sur le sort de l'ancienne bibliothèque d'Alexandrie, qui a eu lieu du 26 au 28 septembre à la Bibliotheca Alexandrina (Egypte). Parmi les sujets abordés : les bibliothèques de l'ancienne Egypte, les troubles sous les Ptolémées et les Romains, Alexandrie entre les Arabes et Byzance. Une vingtaine de célèbres et parfois émérites conférenciers se sont succédé. Il y avait beaucoup à apprendre ; de leur communication mais aussi de bien d'autres aspects de l'événement. Tant et si bien que cela sera analysé et rédigé un peu plus tard, dans ce journal ou dans la suite de Livres en feu, à paraître en janvier 2006.

15 août 2004 : Jour saint
Au fin fond de sa Playboy Mansion, le vieux Hugh Heffner se prend à rêver que le pape délivre au monde la bénédiction pubis et penis.

16 juin 2004 : Remise de prix

10 mars 2004 : plus que trois semaines pour signer la pétition pour sauver le latingrec.


26 février 2004 : Les canisses de Canossa
Le mot arabe pour synagogue est "kanis", celui pour dire église est "kanisa". Faut-il voir là que le judaïsme participe d'un principe masculin et que la foi chrétienne est d'essence féminine ? Un papa, une maman ? On espère qu'il existe un philologue au savoir assez pénétrant pour nous expliquer un jour cet intriguant phénomène. Ces deux mots dérivent de la racine trilittère ka-na-sa, balayer, d'où seraient également issus par le plus grand des hasards, sans doute, "konasa" (ordures) et "makanis" (tanières).

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