JOURNAL

cinq cents

 

 

 

18 mai 2017 : La démocratie parfaite a existé. Chaque année, la Grèce antique tirait au sort ses cinq cents sénateurs parmi les citoyens, en utilisant un engin nommé klèrôtèrion ; une reproduction de ce dispositif vient d'en être exécutée, comme le montre le CNRS dans ce petit film De même, les Grecs confiaient de hautes fonctions aux esclaves pubics, achetés sur le marché à cet effet, un peu parce qu'ils n'avaient pas le désir de s'ennuyer à ces tâches, beaucoup parce qu'on évitait ainsi la corruption et la prévarication (*).

Ces méthodes ne devraient-elles pas être remises en vigueur chez nous ? Evidemment, il faudrait pour cela rétablir l'esclavage. Mais quand je vois mes frères humains penchés sur leur smartphone ou leur compte Facebook, je me dis que c'est déjà fait.

(*) On peut en apprendre davantage avec Paulin Ismard, La démocratie contre les experts. Les esclaves publics en Grèce antique, Paris, Editions du Seuil, 2015.

 

23 avril 2017 : Le mot du jour ? Sinistrovolubile (adj.), qui s'enroule de la droite vers la gauche.

 

18 mars 2017 : En écriture cursive peu soignée, on a tendance à confondre le tilde avec le macron, ce qui pourrait expliquer que ces deux diacritiques ne cohabitent pas dans une même langue. De toute façon, le français n'a besoin ni de l'un ni de l'autre.

 

18 février 2017 : Jean-François avait montré le chemin. Tous ses amis le suivent, Jean-Pierre, Michel-Antoine, Jacques, Léon, et même Claudine maintenant. Il ne va pas rester grand monde : un ou deux Patrick, un Patrice et c'est tout.

 

17 février 2017 : Maintenant que tout Landerneau (ancien nom de L’Internet) a donné son avis sur le lancement du film Marcel Superstar, il reste deux questions : une curieuse, une autre effrayante. D’abord pourquoi le chercheur québécois évite-t-il de citer la biographie de la comtesse Greffulhe, parue chez Flammarion en 2014, qui divulgue et analyse en détails cette bobine ? L’autre phénomène est que, d’un clic, son intervention a remué le monde littéraire (en trois jours, 253 publications sur FB en six langues au moins) alors que Laure Hillerin a mis peut-être des années à documenter et rédiger son ouvrage, lequel a été normalement diffusé : ainsi, imprimer des livres ne servirait plus à rien ?

 

20 août 2016 : Son coup d'Etat ayant réussi, Erdoğan met en prison tous ceux qui portent le même nom que lui, comme Aslı Erdoğan, qui n'est pas sa parente et a le tort de penser différemment (lire Le Bâtiment de pierre, Actes Sud, 2013).

 

9 juillet 2016 : Macron, favori de Tibère, présida au supplice de Séjan, et obtint en récompense la dignité de préfet du prétoire. Dans cette charge, il se rendit odieux par sa cruauté et ses exactions. Au moment où Tibère allait expirer, Macron le fit étouffer dans la crainte qu'il n'en revint et pour complaire à Caligula. Il conserva quelque temps la faveur de ce dernier en lui prostituant sa propre femme. Mais peu après, Caligula les obligea tous deux à se donner la mort.

 

3 juillet 2016 : Bonnefoy, Rocard, Wiesel, Cimino : que ne ferait-on pour ne pas être oublié ?

 

1er juillet 2016 : Adieu Silver Shadow, TR4, E-Type et Deux Chevaux. Je ne pourrai donc plus descendre les Champs Elysées en voiture, comme j’avais l’intention de le faire un jour, lorsque j’aurais joué au loto et appris à conduire. Chaque jour, le monde qui vient s'arrache un morceau de peau.

 

29 janvier 2016 : Hitler ? "Il faut absolument que quelqu'un le fasse rire, ou nous sommes tous perdus." (Henry Miller, dans une lettre à Lawrence Durrell, 25 septembre 1938).

 

25 janvier 2016 : La couverture de livre la plus moche de la saison, c'est bien celle de Une certaine vision du monde chez Gallimard, un livre dans lequel le bestselliste Alessandro Baricco ressert cinquante de ses critiques littéraires déjà publiées par La Repubblica et, donc, qu'il se fait payer une seconde fois, comme il paraît que c'est l'usage : l'argent aimante l'argent. "Cinquante livres que j'ai lus et aimés", circonscrit l'écrivain, qui joue à roule-barricot dans les parutions et rééditions récentes, en mélangeant savamment le tennis, le football et la littérature (être un auteur à succès est à ce prix). Malgré cette légère tendance à la facilité ("regardez comme suis bête"), le lecteur fera quelques découvertes de titres qu'il n'aurait peut-être pas trouvés autrement. C'est à 19,50 euros. Aimer les livres que l'on ne lira jamais coûte évidemment moins cher.

 

21 janvier 2016 : Un journal en ligne qui ne se respecte pas évolue dans le sens de la marche. C'est le cas de Bibliobs, par exemple. Au lieu de titrer "Nous avons lu pour vous", ce qui est déjà assez démagogique, car nous savons nous débrouiller tout seuls, n'est-ce pas, voici les salves de "On a lu, on a fait ceci, on a vu cela...". On appellera cette dérive un nouvel onanisme.

 

20 janvier 2016 : Par une longue gestation, "Et bien" était devenu "é bé" dans le Midi, tandis que le reste du pays optait pour "ében". Mais il a suffi d'un coup de baguette magique pour que  la weblangue transforme "ében" en "Eh bah", puis "bah" tout court.

 

15 janvier 2016 : Ce jour-là, une ordonnance royale décidait la création d'une chambre d'officiers des cours souveraines, chargée de rechercher et punir les " fautes et malversations commises au fait des finances ". Mais c'était en 1629.

 

3 janvier 2016 : Aucune fille n’a jamais été détruite par un livre. Détruite ou gâchée, je ne sais, mais cette phrase a été prononcée par le sénateur Jimmy Walker, qui deviendrait maire de New York (1925-1932) : « No girl was ever ruined by a book. » En fait, il a dit : « I have never yet heard of a girl being ruined by a book. » Argument contre le Clean Books Bill, projet de loi censurant les livres, dont ceux de D.H. Lawrence, fomenté par les Républicains, de crainte que certaines lectures entraînent les femmes sur des voies pouvant mettre en péril la stabilité de la famille et du mariage.
 

31 octobre 2015 : Rentrée littéraire. « J’ajouterai que le public français demandait toujours du nouveau, et que ce nouveau ne paraissait que pour mourir aussitôt sous le poids d’un blâme perpétuel. ». Mémoires de Goethe : Poésie et réalité, volume 1, Paris, Charpentier, 1855, p. 264.

 

30 octobre 2015 : Ma citerne est taciturne, j'appelle le remplisseur. "Fuel max" lui dis-je.

 

25 octobre 2015 : Mieux vaut s’adresser à Dieu qu’à ses assassins.

 

24 octobre 2015 : Peut-être faut-il que je lise, ou plutôt que je regarde Ursus Wehrli, The Art of Clean Up: Life Made Neat and Tidy, Chronicle Books, 2013.

 

14 octobre 2015 : Crépuscule, c'est un crêpe de petit format. Plutôt indiqué pour le deuil d’un parent éloigné.

 

11 octobre 2015 : Paradis imaginaire, en chinois, se dit : 梦幻天堂 mènghuàn tiāntáng. Vous avez bien lu, le paradis est un palais :

 

5 octobre 2015 : Constat

La nuit nuit au jour

Le matin m’atteint

Seul le soir sied.

 

2 octobre 2015 : Archéologie du dictionnaire (1). Un éphialte est un démon qui se jette sur le dormeur. C’est déjà terrifiant. Mais, d’après Dom Calmet, « on doit tenir pour des effets d’une imagination blessée et déréglée tout ce qu’on raconte des démons incubes et succubes et des éphialtes », ce qui est encore plus inquiétant.

 

30 septembre 2015 : Je n'ai vu qu'un film avec Sophia Loren mais il m'a marqué. Il s'intitulait quelque chose comme Ironie amère. A moins que ce ne soit Short cut.

 

21 septembre 2015 : Parité bien ordonnée commence par moi-même. Le Monde des Livres serait-il devenu un ouvrage de dames ? On trouve bien trois garçons relégués à l'avant-dernière page, où ils commentent des livres parfois intéressants, mais pour le reste... ce ne sont que Julie, Macha, Florence, Raphaëlle, Rosita, Violaine, Gladys, Ariane, une guirlande composée peut-être des pseudonymes choisis par des messieurs, ravis de pouvoir s'extasier devant des romances de faible portée, qui sait ? Oui, bien sûr, il y a aussi un éditorial signé Jean Birnbaum. Mais ce prénom demeure ambigu : rappelez-vous Jean Voilier, la trouble maîtresse de Robert Denoël, l'éditeur assassiné.

 

20 septembre 2015 : Réchauffement. Ce qui empêche toute décision conséquente au vu des alarmes de la science, c’est « le temps court des politiques ». Seule solution : mettre à la tête de chaque Etat des sanhédrins d’hommes et de femmes nommés à vie, de façon que leur action ait une chance d’aboutir un peu. Bien évidemment, tous leurs biens et ceux de leur famille seraient confisqués à la fin de leur mandat pour être mêlés à ceux de la collectivité. Mieux encore, les Grecs plaçaient des esclaves aux postes de haute responsabilité : archives, police, vérification de la monnaie, etc. Pour en avoir le coeur net, j'achèterai aujourd'hui La démocratie contre les experts. Les esclaves publics en Grèce ancienne, de Paulin Ismard, Editions du Seuil.

 

5 septembre 2015 : au XVIe siècle, la rumeur dit que le duc de Florence construit une ville appelée Paradisus, où on ne parlera que latin. Giordano Bruno l'ignorait, raconte son interviewer Cotin, mais il a entendu dire que le duc projetait l'érection d'une Civitas solis, où le soleil brillerait tous les jours de l'année " comme à Rome ou à Rhodes ".

 

31 août 2015 : Woody Allen n'a jamais fait un bon film. Cependant, depuis 1935 environ, il essaie régulièrement. C'est pourquoi la presse l'encense et que le public le suit. On ne sait jamais.

29 août 2015 : le prix du pétrole baissant de 50 %, les consommateurs peuvent espérer une réduction de 25 % sur leurs dépenses.
J'ai toujours été fâché avec les chiffres. On comprend pourquoi.

 

28 août 2015 : comme prévu et annoncé il y a une dizaine d'années*, voici les médiathèques rattrapées par la conscience de leur absurdité. A l'heure du streaming, en effet, à quoi servent ces accumulations de CD et de DVD, à quoi bon ces immeubles bourrés d'objets en plastique non recyclable et ces employés pleins de bonne volonté, naguère formés pour conserver et prêter des livres ? A prêter tout autre chose, répondent déjà leurs confrères américains : de l'outillage, des smokings, sinon des préservatifs et des cafetières ; voir ici le détail de cette information fort peu inattendue, qui évitera de grossir les rangs du chômage. Quant aux livres, peut-être pourrait-on les restituer aux bibliothèques municipales d'où ils n'auraient jamais dû sortir. Si un parking ne les a pas remplacées.

* Lire, à ce sujet, Livres en feu et La Grande Numérisation, Denoël, 2004 et 2006.

 

21 août 2015 : Le fascisme est dans le pré. "La Cour de Justice de l’Union Européenne a confirmé le 12 juillet dernier l'interdiction de commercialiser les semences de variétés traditionnelles et diversifiées qui ne sont pas inscrites au catalogue officiel européen" annonce cette parution. Cultiver son jardin, ce sera donc entrer en résistance ?

 

7 août 2015 : L'électro-encéphalogramme plat des statistiques de ce site atteste de son état de cadavre depuis le 29 mai, quand une tribu de hackers russes s'est avisée d'en truffer les pages de mitrailleuses à spams, ce que voyant, l'hébergeur effarouché a tout débranché. Une expérience enrichissante, comme elles le sont toutes quand elles sont désagréables. Changement d'hébergeur pour cause de non-assistance à website en danger.

 

29 mai 2015 : Mort d'un de mes maîtres. Tsien Tsuen-Hsuin a attendu 105 ans pour découvrir la saveur du néant. C'est de se pencher sur l'histoire du papier qui lui enseigna la patience. De son vrai nom Qian Cunxun, il a écrit un livre fondamental en 1962 : Written on bamboo and silk.

 

20 mai 2015 : L'Arabie saoudite, hôte d'honneur au prochain salon du livre de Turin ? Les "scaffali" de son stand risquent d'être bien vides, avertit Paola Caridi dans cet article : "Gli scaffali (vuoti) di Ryadinvisiblearabs.com/?p=6248h ospiti a Torino".
Nota bene : "scaffali" ne veut pas dire "échafauds" mais "étagères".

 

11 mai 2015 : ¡Oh Luisa! Comme je ne sais pas si nos deux ministres concernées lisent l'espagnol, je me permets de traduire, à leur intention, une phrase essentielle de cette interview : "Ce n'est pas la même chose de disposer de 1 000 mots et d'en connaître 40 000, quel que soit votre genre de vie. Je pense donc qu'il y a des démocraties à 1 000 mots et d'autres à 40 000 mots." Luisa Etxenike invente soudain le concept d'écologie linguistique : notre vocabulaire et la forêt amazonienne foncent vers le néant.

 

08 mai 2015 : Je pense, donc je suis cette campagne. Même si elle est inspirée par un magazine peu plaisant et au risque de me faire caser dans l'enclos de gens que j'ai toujours détestés, le latin, on n'y touche pas ! Noli me tangere, c'est lui qui le dit.

 

20 avril - 5 mai 2015 : En Chine toujours encore. Jusqu'au jour où, peut-être, j'en reviendrai en disant : "J'en suis revenu".

 

6 avril 2015 : De qui se moque-t-on ? Un exemple entre douze autres qui permet de préciser que l'EI (ex-Daesh) entretient notre paranoïa médiatique à très bon compte : ces images montrent bien que ce sont seulement des reproductions en béton qui sont mises à bas, comme au musée de Mosul.

 

2 avril 2015 : pour ceux qui lisent le turc, voici un article dans Al Jazeera Istanbul qui salue la sortie de "Livres en feu" dans cette langue : 'Kitap Yakmanın Tarihi'. Pour les autres, les noms d'Orwell, Huxley et Bradbury sauteront aux yeux tels quels ; mais Polastron y devient Palastron. L'illustration montre de l'article montre les suites de l'incendie du Caire, dont nous avons parlé.

 

1er avril 2015 : Hé ? Le mot "Internet" est en général prononcé à la toulousaine ou à l'anglaise ; il rime donc avec "clopinette". Si on le prononçait à la parisienne, ce serait "interné" ?

 

29 mars 2015 : Hier, "les monuments du monde entier sont plongés dans le noir", sans doute par solidarité avec Radio France, le dernier monument français encore utile.

 

20 mars 2015 : Éloge du sombre. Entre la pollution, les nuages et l'éclipse, cette matinée s'annonce terne et propre à la réflexion. Profitera-t-on du phénomène pour signaler aux enfants des écoles qu'il y a une vie ailleurs que là où ils le croient ?

 

13 février 2015 : Autodafaux ? Des douzaines de journaux dans le monde se sont rués sur ce soudain brûlement de deux mille livres à Mosul par Daesh : "le plus grand autodafé de l'histoire", titrèrent même certains. Or, dès le premier jour, il était facile de constater que, à part une seule dépêche d'Associated Press basée sur un témoignage anonyme, aucun détail ni confirmation n'émanait des diverses sources fiables des observateurs de l’Irak. A Mosul même, pas un bibliothécaire ne corroborait. Ce qui n'empêchait pas la rumeur d'enfler, s'engrossant d'elle-même, reprise même par des médias comme ElArab-TV. Pourtant, il semblait bizarre que des barbus ivres de sang et de publicité se contentent de chaparder nuitamment des volumes de la bibliothèque centrale et ne les brûlent pas en plein jour : leur unique ambition n'est-elle pas de régner par la terreur ? Ayant exprimé ces réserves sur divers journaux en lignes ou sur des blogs de mes confrères, notamment américains, j'eus la surprise de les voir effacées au fur et à mesure, à croire que l'indignation est un fonds de commerce intouchable et que se poser des questions quand les affaires marchent devient un vice qui dérange.

Deux semaines ont passé, on commence à recevoir quelques bribes de Mosul : presque rien apparemment, hormis des ouvrages expurgés mais en petit nombre, pas de livre brûlé, aucune bibliothèque publique endommagée, des librairies fonctionnant à peu près normalement. Ce serait là une preuve, si nécessaire, que les soudards islamiques n'ont cure de la lecture : savent-ils même ce que c'est ?

 

12 février 2015 : Poor Mancunians. En 2012, la bibliothèque centrale de Manchester a profité des travaux de rénovation pour se débarrasser de 240 000 livres de référence, « obsolètes » dit la direction. Un tollé quand cela s’est su et, grâce à une pétition d’écrivains célèbres, arrêté. Les ouvrages, apprends-je, furent vendus à Revival Books, dans le Lancashire, qui se targue – son nom le dit – de faire renaître les livres, à raison de sept tonnes par jour. Malencontreusement, on découvre que ces belles tonnes sont rétrocédées à Smurfit Kappa, la multinationale qui produit le plus de d’emballages en carton. Habitants de Manchester, ne lisez plus de livres, lisez des pots de yaourt !

 

3 février 2015 : Nouvelles de Mosul. Là où on brûle les hommes, on finit par brûler les livres.

 

23 janvier 2015 : Renaud Camus, auvergnat de Clermont-Ferrand, est un immigré chez nous, en Gascogne. En toute logique avec soi-même, ne devrait-il pas remigrer vers son Nord natal ?

 

15 janvier 2015 : N'étant ni islamophobe, ni antisémite, je ne sais plus où me mettre.

 

10 janvier 2015 : Pour attirer l'attention encore un peu, un vieux politicien a déclaré : « Je ne suis pas Charlie. Je suis Charles Martel. » Celui-ci, en réalité, s’appelait Karl et venait d’Austrasie. S’il a effectivement écrasé (d’où son surnom, « Le Marteau ») des troupes arabo-berbères qui faisaient tranquillement leurs razzias dans les grandes villes vers Poitiers sans songer à s’installer dans des endroits aussi nordiques, c’était au cours de la plus complète invasion germanique de notre histoire. Elle fut suivie de l’occupation de l’Aquitaine, de la Bourgogne et de la Provence. Autrement dit, être fan de Charles Martel, c’est un peu s'afficher collabo.

 

7 janvier 2015 : Trou noir. J'écoute Fratres de Arvo Pärt. Et après ? Je l'écoute à nouveau.

 

31 décembre 2014 : C’est « accidentellement » et « par accident » – tous les journaux insistent bien là-dessus –, que ce garçon a tué sa mère d’une balle en plein front hier au supermarché. La presse veut surtout nous faire entendre que l’enfant n’avait pas ruminé et préparé ce matricide pendant des lustres, d’autant qu’il est âgé de deux ans seulement. Mais d’accident, ici, il n’y a pas : dans un pays où circulent plus d’armes à feu que d’habitants et où les séries montrent à chaque minute un bonhomme tirant sur quelqu’un d’autre, le geste tueur du bébé devient la routine. Son papa, qui se prénomme Colt, venait d'offrir à sa femme un sac à main spécial avec un logement de sécurité pour le pistolet ; le petit garçon, assis dans le caddy, n'a eu aucune peine à se saisir de l'arme et faire comme à la télé. C'est le sixième accident du même genre en 2014 aux États-Unis. En général, ce qui se passe le dernier jour de l’année annonce la tonalité de l’année qui va commencer. A quoi bon s’émouvoir ?

 

31 novembre 2014 : Choses qui vivent. Arrivé à la page 796 du Musée de l’Innocence, l’avant-dernier livre de Orhan Pamuk publié en France, on découvre non seulement que le texte invite le lecteur à visiter le musée dont il décrit l’élaboration, mais qu’il s'y trouve imprimé un « Bon pour une entrée » entre deux paragraphes. A ces mots surprenants, mon cœur de reporter au grand air ne fait qu’un tour : je file à Istanbul vérifier. Quelques heures plus tard, le guichetier saisit sans sourciller mon Folio et, à la page dite, applique un tampon rouge en forme de papillon, image de la boucle d’oreille perdue au début du roman. La porte s’ouvre alors sur une caverne de l’imaginaire.

Indigestion pour indigestion, j’avais refusé le plateau-soi-disant-repas afin d’achever pendant le vol AF1890 le copieux ouvrage. Il s’agit d’une bluette assez bébête, dont le seul ressort est, justement, d’essayer de nous faire croire que le narrateur accumule au fil des pages toutes sortes de bricoles évoquant sa maîtresse morte afin d’en faire un musée, puis qu’il demande à Pamuk de rédiger son histoire tandis qu’il finit ses jours dans le grenier de cette vieille maison restaurée pour accueillir les curieux, et que Pamuk prend le relais du récit comme si son héros avait vraiment existé et que les milliers d’objets, extraits de films et coupures de presse, regroupés dans des vitrines censées illustrer chacune un chapitre, ont un vrai rapport avec l’histoire de ces amants malheureux. Expérience littéraire sans doute unique au monde : l’ambiguïté ronronne en permanence dans la tête du promeneur, où est le vrai, qu’est-ce qui est inventé, qui témoigne ici, où est la jeune fille à qui appartenait ce mouchoir brodé ? Les objets de brocante patinés sont si subtilement rapprochés dans cette mise en scène qu’ils acquièrent une nouvelle virginité et distillent une autre histoire : en fait, c’est la vie de la remuante Istanbul des années 50 à 70 qui nous est racontée, aussi parlante que des phrases imprimées, avec ses amours, sa corruption, ses putsch, ses faits-divers et ses litres de rakı avalés plus nombreux qu’il n’y a d’eau dans le Bosphore. Rien n'a changé, que la façon de s'habiller.

La troublante visite se complète par la lecture de l’album-catalogue Orhan Pamuk, le musée de l’Innocence (Gallimard, 2012), qui dévoile un peu les secrets de cette entreprise assez folle. Dernière remarque : l’ouvrage était rédhibitoirement proposé à 91 € par les libraires français avant mon départ, il est épuisé à mon retour ; entre temps, je l’ai payé 45 € à la boutique du musée, ce qui, avec l’entrée gratuite, fait de mon week-end stambouliote une bonne affaire, non ?

 

28 novembre 2014 : à l'heure dûe quoique un peu indue, me suis présenté à Radio France dans le cubicule animé par Marc Voinchet (un Toulousain qui travaille à France Culture ne peut pas être un homme complètement mauvais), où l'avocat du diable commis d'office Brice Couturier s'efforçait de démontrer que les trente volumes des œuvres complètes de Victor Hugo entraient enfin dans sa poche de poitrine, éloge définitif qu'en bon français classique on appelle un tombeau. Il aurait dû clamer : " Entre ici, Victor Hugo, et n'en sort plus jamais !" Ensuite deux employés de la BnF tentèrent de nous expliquer que numériser les livres permet de les "restituer au peuple" voire à "la nation", avec l'aide, s'entend, mais ils ne le dirent pas, d'un gros partenaire financier qui s'arroge le droit de les revendre au peuple et à la nation pendant dix ans.

 

5 novembre 2014 : Je décerne le Goncourt. C’est à l’unanimité que le prix est allé à l’ouvrage le plus fascinant de l’année, récit d’errance et de fureur guerrière où se déploie une vision du monde d’une subtilité sans pareille, étayée par une science du langage qui dépasse la perfection et se traduit en surprises permanentes, sans doute (et tant pis pour eux) incompréhensibles aux paresseux speedés d’aujourd’hui. L’auteur nous avait habitués à décrire l’infinitésimale trame de l’attente d’un pire à chaque fois repoussé au-delà de la dernière page de ses romans ; or voici qu’il accepte exceptionnellement de nous faire cheminer jusqu’au plus cru, jusqu'au front du front, cette ligne extrême où la civilisation hébétée ne sait que contempler du haut de ses remparts douillets l’exercice in vivo de la barbarie, laquelle a pour seul moteur la décapitation joyeuse et en série de tout ce qui n’est pas elle. Couper une tête, c’est vivre. Étonnante prémonition pour un texte vieux de soixante ans ! L’écrivain a-t-il pris peur de s’être avancé aussi près du bord du vide ? Il n’a pas voulu que soit publié Les Terres du couchant, son éditeur est passé outre ; fond de tiroir n’a point d’oreille. Aussi l'académie en profite-t-elle pour prendre sa revanche sur ce vilain Gracq qui lui avait infligé un camouflet jadis, et montrer qu’il n’y a pas que le Renaudot qui sache encenser nos chers disparus. En automne, les couronnes vont aux cimetières.

 

3 novembre 2014 : La vie des genres. Astérisque, obèle, double-obèle et paragraphe sont des symboles typographiques servant d’appels pour les notes en pied de page. Tous masculins, ils ne sont jamais précédés d’une espace.

 

2 novembre 2014 : Tête basse, suite et fin. Un article de chercheurs américains vient de le confirmer : la position du pendu, c'est mauvais pour la santé.

 

21 octobre 2014 : Tête basse, les usagers du métro qui attendent leur rame s'alignent en perspective sur le quai, tous penchés sur leur petit écran bon marché. Alors que le corps humain était fait pour se tenir droit, les yeux fixés au loin avec un zeste de fierté et de confiance en soi, nous voilà tous ramenés à la posture humiliante des pendus en série.

 

19 octobre 2014 : Cucul ! aurait fait un bon titre pour l'exposition Sade à Orsay (et non au quai Branly, comme le croient certains étourdis). Mollement érotique et fortement esthétisante, cette entreprise a le mérite de montrer tout ce que l’œuvre du marquis n'est pas. Que cette parfois estimable Annie Le Brun agite ses deux genoux gainés de violet n'ajoute pas beaucoup de stupre à une ambiance où seul le tournage sur place d'un snuff movie chaque jour à seize heures eût convenu. Tandis que notre indigente nation racle les pots du patrimoine pour financer je ne sais quelles erreurs, il est inévitable que tous les écrivains du passé contribuent au bassinet, quitte à ce qu'on les édulcore pour satisfaire la pruderie nationale. Devant tant de bigoterie, Donatien rougirait sans doute pour la première fois de sa vie, de rage.

 

9 octobre 2014 : En somme, nous vivions bien. Non, ce n'est pas le pitch du prochain Modiano mais l'incipit du dernier Gracq, Les Terres du couchant. Julien Gracq est un auteur dont on a oublié de fêter le centenaire car il était à peine mort ce jour-là. Les éditions Corti, qui viennent subrepticement d'effacer le "José" de leur nom, publient ce récit sans son assentiment et sous la forme d'un  livre de poche assez joli, massicoté à l'avance pour pas plus cher.

 

10 septembre 2014 : Forêt-fiction.  Un millier d’arbres viennent d’être plantés pas très loin d’Oslo. Cette bientôt forêt sera coupée en 2114 pour fabriquer le papier nécessaire à l’impression d’une centaine d’ouvrages, que des écrivains connus vont fournir, sous forme de manuscrits inédits, un par an donc. La première contributrice est Margaret Atwood. Ce frêle pont vers l’avenir est piloté par Katie Paterson, pour commencer. Il se nomme « Future Library » et tombe à pic, puisque les bibliothèques publiques auront disparu d'ici là. Ce sera un jour, peut-être, la seule disponible en Europe. Peut-être qu'aussi les gens ne sauront plus lire. J'aurai alors près de deux cents ans, je leur apprendrai.

 

5 septembre 2014 : Bookbook. "Découvrez le pouvoir d'un livre-livre !" Même un fabricant de meubles nordique me suit sur ce point et vante ainsi son catalogue en papier.

 

25 août 2014 : Architecte n'aimant pas la lecture. Pour ceux qui aiment faire la sieste ou les mots-croisés dans les bibliothèques, c'est une bonne nouvelle. Pour ceux qui détestent les bibliothèques un peu sombres et chaleureuses, c'est encore mieux. Mais Santiago Calatrava est quand même un excellent architecte, dont on aime bien les ponts.

 

23 août 2014 : Architecte aimant la lecture, Aníbal González avait truffé la spectaculaire Place d'Espagne de livres à lire en plein air, assis sur l'un des quarante-huit bancs au carrelage frais ; voyez les petites niches, ce sont des bibliothèques. Ce Sévillan était noble et généreux, il avait choisi des ouvrages de qualité, pour que les gens les apprécient. C'est pourquoi, quelques jours après, il n'en restait plus un. Cent ans plus tard, l'éditeur Punto Rojo réitère l'opération lecture gratuite, avec des livres moins beaux sans doute, mais que l'on peut aussi emporter chez soi si on accepte l'idée de les ramener (et d'en ajouter de nouveaux, pourquoi pas).

 

21 août 2014 : Par arrêté royal, les bibliothèques espagnoles devront payer à une caisse centrale un exorbitant droit de prêt pour continuer à faire leur travail : proposer la lecture publique gratuite. C'est également le cas en Belgique, aussi par décret royal. Peut-être faudrait-il se remettre à couper des têtes de rois...

 

15 août 2014 : Feuilleter un arbre.  C'est une possibilité offerte par les xylothèques, bibliothèques où chaque ouvrage est fabriqué à partit d'un arbre précis : écorce pour le dos de la reliure, boîte de son propre bois contenant les détails (feuille, gland, etc.) qui décrivent le spécimen, comme dans un herbier...  Des pages ? Non, il n'y a pas de pages. Des feuilles seulement, mais elles nous parlent quand même. Plus de détails chez ActuaLitté et dans cette archive suédoise.

 

11 août 2014 : Nécro sur nécro. Ce qui me dérange, dans l'annonce de la mort de Pierre Ryckmans, auteur qui fait souvent nos délices, c'est que la kyrielle de notices nécrologiques dévoilent ou soulignent toutes, soudain, qu'il était un catholique forcené, comme si leurs auteurs se signaient en signant leur petit texte de routine. Rien pourtant, dans tout ce que j'ai lu de lui au long cours, ne permettait de deviner un si personnel engagement, tant l'homme était élégant.

 

1er août 2014 : Nécro spirituelle ? Tout de même, et dans Le Monde ! "Ortiz parlait le mandarin comme une pagode". Même Francis Marmande n'aurait pas osé. Ou alors il aurait ajouté "espagnole".

 

31 juillet 2014 : Nécro. J'ai connu Jean-Paul Ortiz à Pékin dans les années soixante-dix, il me semble, à moins que ce soit quatre-vingt. Avant l'inversion qui introduisit l'hiatus saugrenu dans son nom, c'était un étudiant qui servait de stringer à Manuel "China stinks" Lucbert, le correspondant du journal Le Monde ; il me suggérait, pour financer mes inextinguibles pérégrinations, de me lancer dans le trafic de blocs de corail tibétain, qui vaut plus cher que l'or, disait-il. Sa notice nécrologique dans les journaux me confirme aujourd'hui qu'il fut un homme de l'ombre jusqu'au dernier jour, et sans doute au-delà.

 

21 juin 2014 : Plus une bibliothèque est belle, plus elle a risque d'être détruite. Voyez.

 

18 juin 2014 : Les Twitteux déclarent la guerre à Victor Hugo ? Cela prouve que son œuvre devient enfin provocante. Les Twitteux sont ces anonymes qui passent leur temps à presser des boutons. Autrefois, on les appelait des boutonneux.

 

10 mai 2014 : Nous, la communauté de ceux qui réfléchissent un peu, avons le plaisir d'annoncer notre victoire sur le projet débile et nébuleux de "rénover" la New York Public Library ("remplacer les livres par des gens" veus  se titiller le smartphone en buvant un café hors de prix). La NYPL doit rester ce qu'elle est : un lieu de recherche, la fierté de la ville et un modèle pour le monde bibliothécaire (on espère que les Français comprendront la leçon). Détails sur cette sombre affaire éclaircie dans ce journal.

 

8 mai 2014 : un matin de fin 1976, le directeur des Éditions universitaires de Buenos Aires (Eudeba) appelle le chef de l'armée et lui dit : "Tu peux venir, les livres sont à toi." Une vingtaine de titres venaient d'être interdits par la dictature militaire comme "subversifs", ainsi soixante-dix mille exemplaires furent-ils saisis dans le dépôt de cet éditeur et les soldats purent se livrer, en avance sur les artistes actuels, à de brûlantes cérémonies de book art. Aujourd'hui, Eudeba réédite ces livres. Déjà ?

 

16 avril 2014 : Animal, on émeut. Les bêtes deviennent ce jour des "êtres vivants doués de sensibilité" sous la houlette de députés, lesquels sont des êtres vivants démunis du sens de la mesure : pourquoi pas les enfants, tant qu'ils y sont ?

 

6 avril 2014 : Régine Deforges bis.  "Auteure", "Ecrivaine, "Papesse"... Rarement on a autant injurié un défunt. Régine Deforges a été un écrivain de dimension moyenne (et c'est déjà bien), un auteur à succès, une bonne éditrice et, surtout, un éditeur courageux qui s'inscrit dans l'histoire auprès des Girodias, Tchou, Pauvert et Losfeld, si notables dans cette France qui resta pétainiste jusqu'à la fin des années soixante (et maintenant aspire à le redevenir, semble-t-il).

 

4 avril 2014 : Régine Deforges entre dans la tombe en même temps que le manuscrit  des Cent Vingt journées de Sodome dans le formol, boulevard Saint-Germain.  "Je l'ai payé sept millions, dit l'investisseur, et aussitôt assuré pour douze."  Incendie en vue ?

 

15 mars 2014 : Lacan-Foucault-Barthes, drapeau tricolore de la pandiculation.

 

15 février 2014 : Etagères vides. Un jour, la Law Library de Los Angeles lance un appel d'offre pour la réfection et la maintenance de ses ascenseurs. Afin de financer un chantier d'une si admirable envergure, elle se défait de ses incunables chez Bonhams à Londres la semaine prochaine. Mais à quoi mèneront les ascenseurs si ce n'est à des images numérisées d'ouvrages qui autrefois se sont trouvés là ?

 

10 février 2014 : La presse a décidé de m'amuser :  « Affreux, sale et méchant, comme le slogan du magazine Hara-Kiri… » (Le Monde, 7 février 2014).

 

25 janvier 2014 : Misery in Missouri. La moisissure a touché les six cent mille ouvrages dont l'université avait confié le stockage à un sous-traitant disposant d'entrepôts assez grands et moins chers, car elle est contrainte à faire des économies par la réduction générale des subventions. Le résultat est là : 1,8 millions de dollars seraient nécessaires pour traiter les pages moisies. Enfin, auraient été nécessaires...

Ce qui rassure, c'est que toutes les bibliothèques publiques américaines (et du monde ?) ont des chances accrues de connaître une situation semblable dans un avenir terriblement proche.

 

20 janvier 2014 : Casse-tête. La fantastique bibliothèque du New York State Education Building, fondée en 1818 à Albany, a déménagé vingt millions d’ouvrages en 1978 en laissant aux générations futures le soin des centaines de milliers de volumes restés dans les sept étages de sous-sol aux merveilleux et grinçants ascenseurs, d’époque. Générations futures ? Voilà, c’est nous. Ou plutôt nos contemporains de là-bas, confrontés à un aspect du problème non anticipé : la numérisation rend la question plus tranchante. « Nous ne pouvons plus nous payer le luxe de tout garder » dit Bernard Margolis, confronté à l’obligation de vider les admirables lieux et, donc, de pilonner. « Il faut jeter mais faire attention, avertit sa patronne, soyons sûrs de ne pas mettre notre histoire à la poubelle. » La mission est, évidemment, impossible. Le poignant sujet est bien traité par Paul Grondahl, avec de belles images, dans le Times Union du 18 janvier 2014.

 

23 décembre 2013 : Après l'Amazonie, les grandes firmes papetières saccagent les terres chinoises en plantant le mortifère eucalyptus, matière première du papier le plus inutile du monde, celui des bureaux. Paysans expropriés, sols détruits, journalistes reconduits à la frontière, la Chine s'enfonce dans le plus mauvais des exemples occidentaux. Enquête à lire dans Revue XXI.

 

15 septembre 2013 : La popularité au meilleur prix. « Les événements terribles, tels que des incendies ou l’exécution de quelque grand criminel, me firent faire plus d’une fois de tristes observations, mais ce qui me frappa surtout, ce fut l’autodafé d’un livre ; c’était un roman comique français ; il n’attaquait point l’Etat, mais la religion et la morale y étaient fort maltraitées. Je fus témoin de l’exécution, et ce châtiment appliqué à un objet inanimé avait quelque chose d’effrayant à mes yeux. Le nombre d’exemplaires saisis était fort considérable, les ballots éclataient dans le feu où on les remuait avec une fourche, le vent fit envoler quelques feuillets dont la foule s’empara avec avidité. Le lendemain, je me procurai à grands frais un exemplaire de cet ouvrage, et tout le monde en fit autant. Si l’auteur n’eût aspiré qu’à la popularité, il n’eût pu mieux se servir lui-même. » Mémoires de Goethe : Poésie et réalité, volume 1, Paris, Charpentier, 1855, p. 93-94. Cette citation manque dans Livres en feu mais on pourra l'imprimer et la coller en exergue, si on le souhaite.

 

20 juillet 2013 : Hesperia ultima, ou le Dernier couchant, c’est le pays toujours plus à l’Ouest que tout le monde. Les anciens Grecs désignent ainsi l’Italie, puis les Romains l’Hispanie. Quant aux îles Hespérides – là où fleurit l’oranger –, elles se situeraient donc du côté des Canaries, avec leur mythique jardin, tenant compagnie aux brumes de l’Atlantide.

Chassé par l’islamisme de Jogjakarta, où je faisais mes gammes au gamelan, puis du Caire, dont je tentais de psychanalyser l’omnipotente poussière, et ensuite de la charmeuse Tunisie, où les hommes se cachent pour boire une bière, bientôt peut-être d’Istanbul, ma pérégrination forcée vers l’Hesperia ultima n’aura donc pas de fin ?

Vous me direz : plus à l’Ouest il reste la Guadeloupe. Mais nos ministres de l’agriculture successifs et sans exception y ont permis que la langouste y devienne cancérigène avec le chlordécone, un assaisonnement interdit partout dans le monde, sauf chez les békés. Alors, peut-être vais-je finir par prendre l’Andalousie comme bout du monde et point de chute : ce serait un bon tour joué au dragon barbu, qui ne me cherchera pas là.

 

16 juillet 2013 : Si j'avais un chat, je l'appellerais Milou.

 

15 juillet 2013 : Un magicien possédait un cochon savant qui vivait en vrai gentleman et était devenu célèbre dans le pays. Mais son maître sentait qu'il n'était pas heureux. Aussi décida-t-il de le changer en homme par un procédé qui serait facile à expliquer si l'espace ne nous manquait pas. L'animal abandonna ses cartes, sa montre, ses instruments de musique et tous les autres ustensiles de sa profession et courut se rouler dans la mare de boue la plus proche.

"Il y a encore dix minutes, tu aurais eu le plus grand mépris pour une telle action, dit le magicien d'un ton réprobateur.

- C'est exact, répondit le porc avec un grognement de plaisir. J'étais alors un cochon savant, me voici homme de culture." Ambrose Bierce, Les Fables de Zambri, Paris, Le Dilettante, 2013.

 

5 juillet 2013 : Souvenir d'Istanbul. Un soir, savourant un dry remarquablement confectionné sur une terrasse du Bosphore, j'eus une pensée pour Mustapha Kemal, qui buvait un verre devant le même coucher de soleil un soir de 1934, à quelques pas de là ; soudain, la voix éraillée de l'appel à la prière tomba d'un minaret trop proche. "C'est inconvenant", dit-il. Et le minaret fut rasé dans la nuit.

Mustapha Kemal est mort d'une cirrhose du foie. Un chef  d'Etat alcoolique ne peut pas être un homme complètement mauvais, voilà ce que je dirai à ce M. Erdogan la première fois que je le rencontrerai.

 

31 mai 2013 : Mauvaises nouvelles d'Istanbul. Voyage annulé. Penser à adresser de vives remontrances à ce M. Erdogan : on ne met pas son pays à feu et à sang, comme ça, sans demander leur avis aux touristes étrangers, qui sont les véritables actionnaires des pays qu'ils visitent.

 

28 mai 2013 : Bons baisers d'Istanbul. Apprenant que Turkish Airlines interdisait à ses hôtesses l'usage du rouge à lèvres, je lui ai renvoyé ma carte de Miles avec un courrier bien senti. Je ne dois pas être le seul : huit jours plus tard, la compagnie publie un démenti avec une explication embarrassée selon laquelle c'est un sous-chef du service publicitaire, licencié depuis, qui aurait lancé la fausse nouvelle. C'est malin : me voilà sans carte de Miles. Forcé d'aller en Turquie sur Air France.

 

27 mai 2013 : DSK lance une mode. L'image est maintenant emblématique de cet homme dont le destin cherchait à se débarrasser : pour l'humilier au dernier degré on l'a montré au monde sans cravate et mal rasé. Quel succès ! Un an plus tard, tous les hommes qui veulent arriver paradent le col ouvert et avec une barbe de quatre jours, tous, les cuisiniers, les photographes, les amuseurs et le tiers des anciens présidents de la république encore en vie. Je comprends pourquoi : leur mise ne choquera personne en sortant de garde à vue.

 

26 mai 2013 : Fête d'Emaer. Et à propos de l'élégance en politique, nous ne cessons de dévaler une longue et interminable pente, sans doute sous l'influence du caniveau médiatique, de plus en plus négligé, à l'instar du langage et de la métaphysique. Déjà, en 1958, Philippe Jullian disait : "Il y a des députés séduisants, des députés frivoles, des députés qu'on invite, des députés spirituels, des députés qui font courir, des députés bien nés (à l'extrême-gauche, de préférence), il n'en est point d'élégants." (Dictionnaire du snobisme, éd. Plon.) La Sainte Parité nous sortira-t-elle de l'ornière ?

 

9 mai 2013 : Fête de Jeanne d'Arc. Nous avons eu un maire de Paris, député du XVIIe et ministre des Travaux publics qui était noir. Ce fils d'esclave né à La Havane répondait au nom, pourtant mémorable, de Severiano de Hérédia. Il avait infiniment plus de chic que tous les occupants récents de l'Hôtel de Ville.

 

6 mai 2013 : à madame la ministre de la Culture. L'extension du domaine de la gratte par un député rusé amène celui-ci à vous questionner sur l'opportunité qu'aurait la taxation des livres d'occasion, afin "d'assurer la pérennité de l'emploi dans l'édition". Madame, si par malheur j'étais à votre place, je lui répondrais : d'accord, mais la totalité de l'argent ainsi récolté alimentera un fonds de soutien aux écrivains et au libraires qui gagnent moins que le minimum vital, ceci en vue d'assurer la pérennité de la littérature.

 

4 mai 2013 : Gratteron. La loi sur les livres disparus des librairies faisait déjà tache dans le jardin des lettres. Voilà que le même rapporteur (un député savoyard plutôt connu pour ses problèmes de logement), glisse une question vicieuse à la ministre : ne faut-il pas taxer les bouquinistes, ces infâmes revendeurs de livres en papier et d'occasion, de façon à faire cesser ce scandale : un livre qui volète librement de main en main à l'heure où chaque lecture doit rapporter de l'argent ? La loi de la gratte n'est-elle pas au-dessus de toute autre considération ? La perfidie est reniflable ici, sur le site de l'Assemblée nationale, où l'on peut aussi s'inscrire pour recevoir la réponse ministérielle directement chez soi. Pendant ce temps, mon jardin est envahi par le gratteron (gratteron, ou glouteron, gaillet, aspérule, bardane), un parasite qui l'étouffera si je ne fais rien.

 

3 mai 2013 : L'agenda signale qu'aujourd'hui il faut fêter deux SS : Philippe et Jacques.

 

31 avril 2013 : Une date rare mais qui convient pour célébrer la mémoire de Julio Mario Santo Domingo Jr. (1958-2009), un conseiller en investissement qui abandonna son métier pour se consacrer à former une très considérable bibliothèque de tout ce qui touche aux états seconds, autrement dit la drogue dans la littérature, un thème qui n'interdit pas quelques écarts vers l'érotisme. La collection regorge d'ouvrages français du XIXe siècle, plutôt américains du siècle suivant, et de travaux scientifiques variés, pour un total dépassant les cinquante mille cotes. A la mort de son père, Julio Mario Santo  Domingo III s'est empressé de confier le tout à la Houghton Library de Harvard, en tant que "prêt à long terme", ce qui nous fait sourire un peu.

 

30 avril 2013 : Le fiel perle aux commissures des instigateurs anonymes de notre loi sur les livres indisporphelins  quand ils voient Robert Darnton, autodidacte, ancien faitdiversier devenu maître à penser de la bibliothèque mondiale, réussir à lancer celle-ci en trois ans sans voler l'argent des contribuables et, surtout, à énoncer des idées généreuses sur la lecture publique gratuite. Ces idées viennent directement du siècle des Lumières, passent par Victor Hugo, et étaient mises en ligne par La Grande Numérisation en 2004.

 

28 avril 2013 : La honte de la famille ? C'est la question qui se pose quand on voit les héritiers des ducs de Luynes (les ducs de Luynes !) vendre la bibliothèque ancestrale à l'encan pour payer des travaux du château, une architecture lourde et ennuyeuse qui ne vaudra plus rien, une fois disparus les livres qui en constituent l'âme. Je connais des héritiers qui se seraient plutôt passé un coupe-papier par le travers du corps. Le plus malsain de cette histoire est que les prix atteints par les enchères sont plusieurs fois supérieurs à une cote normale, justement à cause de leur dramatique extraction. Qu'une grande famille soit insensible à cette nuance signifie qu'elle est indigne de sa lignée. Allez, à la lanterne !

 

12 avril 2013 : Yéti. Dans le Maine, Christopher Knight a joué les Walden pendant vingt-sept ans, à ceci près qu’il a commis plus de mille vols par effraction pour se nourrir. Un bon point pour l’ermite de North Pond : il ne touchait jamais aux téléviseurs, téléphones ni à l’argent s’il en trouvait. Quand on l’a arrêté, il avait sur lui une liasse de dollars moisis, vieux de trente ans. « C’était pour faire les courses », avoua cet amoureux de la nature.

 

2 avril 2013 : Pinocchio. Que ce bonhomme de Villeneuve-sur-Lot ait tellement menti qu'il a dégringolé de son trône municipal, personne ne s'étonnera : c'est la loi du genre. Par contre, remarquez la façon très significativement incorrecte dont il emploie le verbe "abonder" : depuis longtemps,  dit-il, "mon compte n'avait plus été abondé". S'il maîtrisait le français, il saurait que la seule manière d'utiliser ce verbe est, par exemple, en parlant des finances publiques, "l'argent y abonde". Sinon, le compte bancaire en question serait approvisionné, alimenté, crédité, tout simplement. Bref, ce bonhomme de Villeneuve-sur-Lot était, comme son langage, perdu.

 

26 mars 2013 : Kutub tahtariq. Pour tous ceux qui souhaiteraient absolument lire Livres en feu en arabe, il est possible de l'acquérir chez un distributeur tunisien au prix de 18 dinars (9 € environ).

 

14 mars 2013 : Le silence est argentin. « Parfois, le feu vert a été donné par les évêques eux-mêmes. Le 23 mai 1976, l’infanterie de marine a arrêté, au presbytère du quartier de Bajo Flores, le prêtre Orlando Iorio, et l’a détenu pendant cinq mois en tant que « disparu ». Une semaine avant l'arrestation, l'archevêque Aramburu lui avait retiré les autorisations ministérielles, sans raison ni explication. Par diverses informations entendues par Iorio en captivité, il est clair que la Marine a interprété cette décision - et, peut-être, quelques commentaires négatifs à son égard du provincial des jésuites Jorge Bergoglio -, comme une autorisation d’agir contre lui. Sans doute l'armée les avait-elle mis en garde tous les deux contre le danger supposé qu’il représentait. » Iglesia y dictadura, Emilio F. Mignone. Version française : Les Disparus d'Argentine. Responsabilité d'une Église, martyre d'un peuple, Editions du Cerf, 1990, épuisé mais on peut voter ici pour sa réimpression.

 

11 mars 2013 : Au trou. Ce qui est rassurant, dans ce qui s'érige aux Halles de Paris, c'est que dans une vingtaine d'années ce sera remplacé. Et sans doute, comme aujourd'hui, par quelque chose d'identique et présenté comme pas pareil.

 

5 mars 2013 : Un lieu sûr. Durant trente ans, le musée de Baghdad n'a ouvert que pour Saddam, ses dignitaires et ses invités étrangers. En 2003 les envahisseurs américains en ont causé le pillage. Depuis, il a été restauré, ses collections en partie reconstituées. Mais il est toujours fermé sine die, ainsi que le narre El Sharq el Awsat, ainsi qu'un article plus riche et en anglais, en Suède. Toujours  à Bagdad, l'antique Rue des Livres a été détruite (livres, libraires, liseurs, adultes et enfants ensemble) par une bombe, en 2007. Le projet "Al-Mutanabbi Street starts here" tente de s'en souvenir et de repartir à zéro, dans l'indifférence totale du monde francophone.

 

20 février 2013 : Soufflé par l'imagination anonyme de certains fonctionnaires : "Numistral" est le nom très curieux donné à la future collection de livres virtuels de la bibliothèque de Strasbourg, sous la houlette de Gallica. Faut-il y deviner le slogan subliminal "Autant en emporte le numérique" ?

 

5 février 2013 : Lu. « Internet : les empires contre-attaquent », par Thomas Gomart, directeur du développement stratégique de l’Institut français des relations internationales (Ifri), et Patrice Lamothe, PDG et cofondateur de Pearltrees, "Libération", 3 février 2013. On aimerait bien partager l'optimisme à long terme de ces deux apprentis prophètes, mais ils ignorent qu'un troisième empire travaille depuis longtemps à détruire l'Internet de l'intérieur. Tous les chercheurs et rêveurs qui furent les premiers enthousiastes du nouvel outil commencent aujourd'hui à déchanter parce qu'ils le voient devenir le vecteur et même la seringue de l'imbécillité crasse, tandis que les ressources mirifiques dont il était nourri à ses débuts sont désormais verrouillées et hors de prix. Voyez JSTOR, par exemple.

 

4 février 2013 : Du gratuit pas cher. Ceux, peu nombreux, qu'indigne la braderie du patrimoine par la BnF sont bien sympathiques, mais on ne comprend pas très bien pourquoi on ne les entend qu'aujourd'hui alors que le processus a commencé il y a un bon lustre. Voulez-vous lire ou relire un vieux classique comme Bajazet (de Racine, dont, je vous le rappelle, le prénom est Jean) sur Gallica ? Il faut payer. C'est le résultat d'une exaction déjà dénoncée, et brillamment, par l'éditeur Michel Valensi dans son article Marchands de bits, en 2008.

 

2 février 2013 : Crêpes flambées. La librairie londonienne Freedom Press vient de subir une sévère attaque à la bombe incendiaire. Penser à lui envoyer quelques mots de soutien, voire quelques sous.

 

30 janvier 2013 : Ah !  On se demande d'où sortent ces "islamistes" qui ont occupé Tombouctou et ont décampé, la Kalachnikov entre les jambes, à l'approche de nos Bleus valeureux . Même pas capables d'incendier proprement une bibliothèque !

 

27 janvier  2013: Bag au doigt. Un homme normal - mettons Casanova, Sade ou Kierkegaard, si vous voulez - ne peut qu'avoir du mépris pour les institutions bourgeoises en général et le mariage en particulier. Aussi sommes-nous étonnés de voir tant de gens exprimer leur anormalité sur cette question.

 

26 janvier 2013 : Styles. Ce qu'il faut savoir sur ce que l'on sait des cinq raisons de ne plus suivre l'actualité en ligne ? Je viens de vous le dire.

 

24 juin 2006 : Blanc. Pour une durée indéterminée sauf après que celle-ci aura cessé, cette rubrique s'interrompt pour prendre le temps de réfléchir, notamment sur elle-même.

 

23 juin 2006 : Rubrica. <Pour les vrais mordus d'enluminure et d'écriture médiévales, l'abbaye de Saint-Gall vient d'ouvrir ses rayonnages électroniques. Une centaine de manuscrits sont feuilletables en tous sens et agrandissables à volonté pour les copistes d'aujourd'hui. Navigation et informations générales en français, mais la maîtrise de l'allemand et du latin ne sont pas inutiles pour bien profiter des passionnantes données sur ces 40 000 pages. Félicitations et remerciements empressés à l'équipe du professeur Christoph Flüeler pour cette merveilleuse entreprise : c'est peut-être la seule bibliothèque du monde à pouvoir se donner à lire telle qu'il y a douze siècles !

 

25 mai 2006 : Bleu. Au jeune Algérien qui me sert à la fromagerie des Petits-Carreaux, je demande une demi-livre de beurre. Sans sourciller, sans doute à cause du piercing qui lui barre l'arcade, il se dirige vers la motte et demande en biais à la caissière, qui est chinoise, combien de beurre il doit me donner, en fait. Comme elle lui répond 250 grammes, il s'étonne : " Mais pourquoi il parle en livres ? " C'est une question que je me pose aussi depuis longtemps.

 

20 mai 2006 : Mouvements de troupes. Après deux ans de réflexion, Microsoft a décidé de copier lui aussi son petit camarade Google, mais en tentant de passer pour un bon garçon aux yeux de la maîtresse : son projet de numérisation de livres reste une offre polie et irrésistible adressée aux éditeurs. Si bien que la majorité de l'édition française enrage : le cadeau de bienvenue est pour l'instant réservé aux Américains !

 

15 mai 2006 : Le petit dernier pour la route. Au creux de cette Mer Rouge qu’est le passage du livre réel à la lecture en ligne, je voudrais dire à quel point Livre, (Michel Melot, éditions de L'oeil neuf) me semble une lourde borne qui vient de tomber, là, pour bien marquer un point de non retour. Le titre, d’abord : pas de titre, couverture mollement rigide, enduite d’un pelliculage mauve tel un linceul glacé, tandis que le papier est imprégné d’azurants optiques, dont on sait la volonté de tuer le papier ; typographie à l’avenant, pas même décongelée. Et regardez bien l’esprit fooding des illustrations : ce sont ces mêmes très gros plans auxquels sont réduites les plaquettes institutionnelles, celles des banquiers, des fédérations d’associations de syndicats professionnels, images aveugles de ceux qui n’ont rien à dire et tant à vendre. Noli me legere semble siffler la chose dans sa morgue.

Ne voilà donc pas une publication exemplaire et courageuse ? Elle signifie qu’il faut maintenant, ô enfants, songer à se défaire de la relation amoureuse qu'entretenaient le texte et le papier, que le divorce est consommé entre les deux rives, celle de l’idée et celle de son support physique. Nul mieux qu’un vieux bibliothécaire n’aurait su avec autant de tact nous détacher les mains de vieilles et bientôt honteuses habitudes.

 

3 mai 2006 : It's not working. Non, ça marche pas. Les derniers mots du condamné Joseph Lewis Clark qui vient de se faire torturer dans l'Ohio à rideaux fermés, nous devrions les adopter comme devise de l'année. Rien ne marche : la course des rats politiques peine à nous amuser encore malgré les surenchères et pas un tsunami en vue.

 

05 mars 2006 : Un milliard l'image et plus. Enlacé par deux athlètes voici le héros du jour qui grimpe dans son avion spécial ; leurs cagoules mettent en valeur les trois-quarts vaguement ironiques de son visage. La rédaction du JDD a même flouté les menottes dans son dos, sans doute afin que la famille Menottes ne les reconnaisse pas. Tandis que trente motards l'accompagnent à sa résidence on s'étonne un peu que le ministre de l'intérieur ne soit pas venu à sa rencontre sur le tarmac.
Lorsque le suspect a été intercepté en Côte d'Ivoire, un journal assurait que son extradition pourrait prendre des semaines, voire des mois : l'affaire permettrait une pression de Laurent Gbagbo sur Paris en vue de faire oublier le sombre dossier Kieffer. Mais le gouvernement français a trop besoin, tout de suite, de cette image dominicale du monstre embastillé. Celle-ci sera donc payée au prix fort, même si discret. A qui profite le crime, demandait-on autrefois. La réponse aujourd'hui est : à tout le monde.

 

22 février 2006 : La calligraphie arabe mène à tout. Après vingt-cinq ans de présence à la direction de l'Ircica, le riche institut de recherche sur l'art et l'histoire de l'Islam, dont il est le fondateur, et qui est en quelque sorte le conservatoire de la calligraphie arabe vivante, le Stanbouliote Ekmeleddin Ihsanoglu est devenu en 2005 le secrétaire général de l'Organisation de la conférence islamique (l'ONU des 57 pays musulmans). C'est à ce titre qu'il s'est élevé hier contre la fatwa venue de l'Uttar Pradesh qui veut couper le cou à ces pauvres caricaturistes danois, qui ne savent plus où se mettre. Le professeur Ihsanoglu (prononcer "Ihsanoolou") est un homme bien élevé, que le lien de l'islam avec toute forme de violence révulse profondément et même, sans doute, sincèrement. En lire davantage ici (mais en s'armant de patience, ce site est certainement le plus lent du monde).

 

10 février 2006 : La loi parle et givre. Dans la grande vague exterminatrice de la Bibliothèque par la Médiathèque, celle-ci marque encore un point à Clamart avec la fermeture décidée de concert par monsieur le Directeur du livre et monsieur le Maire, sans doute inspirés par LVMH à la Samaritaine : "pour raisons de sécurité". Mais l'établissement n'est pas, pour une fois, une humble municipale que seule une poignée d'érudits et de nostalgiques regretteraient. "La Joie par les livres" a une histoire, même mieux : un pedigree. Aussi l'occupation des lieux n'a-t-elle pas tardé et la presse s'est empressée de faire le rapprochement de cette bévue avec d'autres bavures en banlieue. Dernière heure : les édiles entameraient un repli stratégique en ordre dispersé à en croire ce journal plutôt que le site officiel. Comme toujours on laissera croire à la pression populaire qu'elle a vaincu et les exterminateurs parviendront à leurs fins autrement et plus tard, en crabe.

 

8 février 2006 : Nos vieilles barbes. Oscar du marketing à "Charlie hebdo" pour son numéro spécial vendu à 400 000 exemplaires, dont la caricaverture signée Cabu réussit à portraiturer sans visage - comme dans les livres anciens censurés des bibliothèques de l'Islam - un prophète accablé par la bêtise des extrémistes, donc rendu sympathique et consensuel. Soupir de soulagement de l'Elysée jusqu'au Caire. On frémit à la pensée des images que les grands ancêtres bétémés de ce journal auraient, eux, publiées.

 

23 décembre 2005 : Nocturnes. On ne peut qu'admirer l’économie de moyens du parti au pouvoir, qui élimine ses concurrents plus à droite en faisant porter par un seul député les attaques homophobes, l’envie de rétablir la peine de mort, le « rôle positif » de l’Algérie française et la loi sur les DADVSI. Cet innocent, comme on dit dans le Midi (il s’appelle Christian Vanneste, porte des Ray-Ban cerclées d'or et nous vient de Tourcoing) risque de se sentir bien seul quand il sera en enfer.

Par-dessus tout, ces offensives en règle prouvent, s’il en était besoin, que dans le ventre du libéralisme grouillent les larves d’un obscurantisme new look. Mais qui s’en soucie ? Le citoyen a mué en contribuable-consommateur et la gauche prépare les présidentielles de 2012.

On est libre de préférer les nocturnes du Louvre à celles du Palais Bourbon, en particulier pour éplucher à la quasi loupe les mastodontes sophistiqués d’Anne-Louis Girodet (1767-1824), qui est peut-être le seul peintre culotté de ce pays avant le XXe siècle : voir par exemple dans sa "Scène de déluge" l'allégorie de l'être humain déchiré par les horribles tiraillements familiaux. L’exposition se termine mais qu’à cela ne tienne : on peut la suivre à Chicago, New York puis Montréal. Sinon, le catalogue de quatre kilos neuf ne vaut que 49 euros (on regrette seulement que l'imprimeur, catalan, ait chargé avec trop de générosité sa machine d'encre noire : certains paysages ou portraits sont peu reconnaissables pour qui a vu les originaux lumineux, riches de détails subtils, mais virent au romantisme épais pour les autres).

 

22 décembre 2005 : Chocolats ! Ce qui manque le plus à ce combat de Dadvsi c’est un Goliath qui, faute de pouvoir gagner, montre à quel point son adversaire est moche et petit.

Dadvsi : « droits d’auteur et droits voisins dans la société de l’information » (et non « sur internet » comme le dit plus d’un blog), est un alignement de mots dont chacun ou presque est mensonger, mais personne ne s’élève pour dénoncer ce tissu de sottises destiné à abuser encore un peu plus les gens et plonger la main dans leur porte-monnaie. Un ou deux députés se lèvent en revanche pour proposer une idée de licence globale qui est une fumisterie absurde et impraticable, si ce n’est pour aérer un peu de sa naphtaline l’opposition. Les amateurs de démocratie, ce fromage d’antan, pleurent sur les ruines d’un parlement où les seules personnes compétentes sont celles qui imposent le droit des lobbies auxquels elles sont assermentées.

 

20 décembre 2005 : Des moutons... Moutonsss… Une nouvelle bourde, relevée par « Droits d’auteur le village », montre que le ministère des JENER (jeunesse, éducation nationale et recherche) entre en compétition avec celui de la culture dans la course des cyber godillots. Le préambule d’un « protocole sur l’utilisation des œuvres de l’esprit à des fins d’illustration des activités d’enseignement et de recherche, secteur de l’écrit », en cours de négociation avec des ayants droit, proclame en effet qu’ « un certain nombre d’utilisations traditionnelles des œuvres, telle la récitation, la lecture ou la dictée, nécessitent des autorisations qui, jusqu’à présent, n’étaient pas délivrées de manière expresse. » On peut suggérer que le Journal Officiel devienne le seul support pédagogique de ces exercices obligés. Belle économie en vue.

 

30 novembre 2005 : Notable retranché. La cervelle récurée jusqu’au sang par la recherche de nouveaux « objets » à mettre en tête de ses spams de Viagra et de Cialis, un petit malin a, semble-t-il, fini par mettre au point un logiciel de fabrication automatique de sujets, qui associe de manière aléatoire deux substantifs pris au hasard dans un dictionnaire, plus rarement un adjectif et un substantif, ou un adverbe et un adjectif. Nous n’avons pas hélas et pour l’instant, d’équivalent dans notre langue, ce que sans doute les défenseurs de la francophonie vont encore stigmatiser, mais voici pour les amateurs éclairés quelques-unes de ces bizarreries, dont certaines sont assez drôles, d'autres parfaitement hermétiques : Entrenched notable, hardup heaven, monomania constitution, alumni nook, washer appliance, retention lubrication, choleraic seedcake, angleworm leva, interleaf medicare, photozincography Pembroke, recumbency publication, mango locksman, unconvincing omission, song peaceable, Cingalese rabbitwarren, overdrawn phylogenesis, skier baseless, geophysical psychosis, clarinet macroscopic, japonic carpet, campaign billet, infusion mnemonic, arrangement mob, disconnectedly enclitic, hostility cosmetic...

Il ne reste plus aux membres anglophones de l'Oulipo : Harry Matthews, Ian Monk, Ross Chambers… qu’à écrire un roman incluant ces données.

 

28 novembre 2005 : Vie sociale de l’information. Il n’existe à ma connaissance qu’un ouvrage profond, encore qu’assez amusant à lire, qui traite - parmi de nombreuses autres observations sur l’obsolescence à moyen et long terme des entreprises, mass medias, gouvernements, bibliothèques, universités, etc. - de l’absence d’humour et de distance que la dématérialisation du quotidien génère et générera. Contrairement à d’autres contrées, aucun éditeur français ne semble avoir eu vent de la pertinence brûlante de ce travail, dont la première apparition date pourtant de 2000.

John Seely Brown et Paul Duguid, The social life of information, Boston, Harvard Business School Press, 2002.

 

26 novembre 2005 : Qu’est-ce qu’on a ri ! Eté hier au théâtre de marionnettes, voir les nouveaux duettistes Finky et Diabledonné. Finky est le maigre mal peigné qui parle tout le temps et retourne les mots comme des gants au fur et à mesure, tandis que Diabledonné s’énerve et ne comprend rien à rien. C’est irrésistible, surtout quand Finky dit à des journalistes étrangers des choses « qu’il est impossible d’exprimer en France », de façon que tous les journaux parisiens les impriment le surlendemain. Sommé de s’expliquer, Finky baratine que la reproduction de son discours crée un double de lui-même, lequel veut bien s’excuser à la rigueur. A ces mots, ce gnafron de Diabledonné ne trouve plus les siens, qu’il a pourtant peu nombreux. Il se rue sur Finky et lui éclate la tête avec son gourdin. Cris et applaudissements. La salle se vide, c’est l’heure du goûter.

 

4 octembre 2005 : Retour atelier. La plupart des éléments qui constituaient les archives 01/2004-10/2005 de ce journal sont retirés pour être actualisés, peaufinés et développés afin de servir de point de départ à Feux sans fin, livre imprimé sur papier chez Denoël, début 2007, ou tout autre publication qui semblera utile.

 

24 septembre 2005 : Retour. La parenthèse s'est ouverte de manière instructive à Alger (cela sera raconté, peut-être même en détail). Elle se refermait avec une conférence enflammée à Genève hier, pour voler au secours des bibliothèques, plus menacées que jamais, et aussi de ce pauvre Google Incorporated, si empêtré dans un projet qui le dépasse mais dont nous avons besoin. La presse française claironne que Google Print Library est traîné en justice par l’Author’s Guild et trois de ses membres. Première question que devrait se poser le journaliste avant de transmettre l'information : qui sont, très précisément, ces gens ? La réponse surprendrait.

 

26 juin 2005 : Ouverture d'une parenthèse. Ce journal se permet une pause jusqu'à l'automne afin de livrer le prochain manuscrit à temps pour une publication en janvier.

 

30 avril 2005 : Réponse à une bibliothécaire. Au cours de la conférence donnée hier matin à Genève à la demande de la Bibliothèque nationale suisse, devant une salle comble de bibliothécaires passionnés (impensable à Paris ?) par l'avenir des collections de livres et de la lecture publique, une auditrice s'étonne de mon optimisme quant aux progrès de la technique après que j'ai dit, en substance, que celle-ci s'améliore toujours quoiqu'on fasse : elle prend pour exemple contraire l'obsolescence des supports de la mémoire. N'ayant pas eu assez de temps pour lui faire une réponse conséquente, voici : quand j'ai commencé à publier des textes dans les périodiques, en 1962, il fallait les envoyer par le facteur, ensuite on pouvait le faire par fax et maintenant la page formatée peut aller directement des neurones à l'imprimeur, ou au journal en ligne. Avancement indéniable. Mais si l'archivage des livres numérisés implique une angoissante nécessité de report tous les cinq ou dix ans d'un support matériel à un autre, du magnétique au Century Disc et demain le nano machinchose, c’est à cause d'une concurrence effrénée des marchandiseurs, qui sont au moins d'accord sur le principe de ne fabriquer que du périssable. Le progrès technique en fait s'accélère, mais le paradoxe est que, maintenant, le résultat est à l'opposé de ce qu'il nous semble raisonnable de souhaiter. Mais le papier enterrera tout cela.

 

29 avril 2005 : Fête nationale au Togo. Lomé est à feu et à sang. Des jeunes ont incendié aujourd'hui la bibliothèque du Goethe Institut et 300 000 € de livres sont perdus. Les motivations des manifestants sont peu claires, dit le secrétaire d'Etat chargé de la crise en Allemagne, dont le Togoland était il y a cent ans une Musterkolonie, une colonie modèle.

 

2 avril 2005 : monsieur mon cher président, ne devriez-vous pas signifier à votre séide Gaudin qu’une bibliothèque n’est pas un music-hall et qu’il devrait aller organiser ses parties-surprises ailleurs (le Panier, par exemple, semble très indiqué pour le pince-fesse), surtout s'il décrète que l’institution sera fermée ce jour-là sans craindre d'exprimer son mépris pour les Marseillais qui aiment les livres et ceux qui sont au service de ces derniers. Cette bibliothèque de l’Alcazar, c’est vous qui l’avez inaugurée. Relisez votre blog : « Grand espace de lecture publique, d'étude, de recherche et de conservation des documents, la plus importante bibliothèque patrimoniale de la Région Provence - Alpes - Côte d'azur s'impose également comme un lieu actif de développement culturel facilitant l'accès à l'information, à l'éducation, à la culture et aux loisirs de tous les publics. » Double raison de rappeler à l’ordre l’édile au comportement par trop provincial et qui se croit encore sous Marcel Pagnol.

 

08 février 2005 : Le bibliothécaire avait une sale gueule. Ne pas manquer l'exposition Looted Books à Vienne, qui dure jusqu'au 27. A défaut de faire le voyage, il est possible de commander le catalogue (20 EUR) ou, a minima, de voir quelques images sur le petit site consacré à cet événement rare : la Bibliothèque nationale d'Autriche affrontant son passé nazi.

 

07 février 2005 : A lire aujourd'hui dans Le Monde : la réponse annoncée le 22 janvier et ci-dessous a été publiée aujourd'hui. NB : le titre est de la rédaction du journal, de même que l'incise "comme le pense Jean-Michel Jeanneney", laquelle présente deux particularités : Jean-Michel Jeanneney a collaboré à un Lancelot du Lac avec Pastoureau, mais c'est certainement "Jean-Marcel" que le secrétaire de rédaction voulait ajouter dans son gauche caviardage. Ce Jean-Marcel Jeanneney était ministre des affaires sociales en 1966 et son fils est président de la BnF sous le prénom de Jean-Noël. Par ailleurs la petite phrase est placée à un endroit un peu bizarre, qui ne correspond pas du tout, justement, à ce qu'il pense. Cet homme estimable saura ne pas tenir rigueur de la dite faute à celui qui ne l'a pas commise mais, en revanche, revendique tout le reste, quoique sans animosité.

 

31 janvier 2005 : Ce jour-là justement. Sans grand effort, la suite de "Livres en feu" se nourrit chaque semaine de fermetures de bibliothèques dans le monde, auxquelles l'omnigooglisation ne va pas manquer de donner un bon coup de pouce. Les coïncidences n'existent pas toutes seules : le jour même de la proclamation Google, le 14 décembre dernier, on annonçait non seulement une disparition au CE de Renault Le Mans (voir plus bas) mais encore, apprenons-nous aujourd'hui, une décision tout aussi négative à l'Insee, dont la direction générale supprimerait sa bibliothèque, ne conservant que les publications maisons. Pas d'écho dans les journaux pour l'instant donc pas de lien, mais on peut entrer en communication avec un des syndicats mobilisés si on le désire : dg75-syndicat-cgt@insee.fr dg75-syndicat-cfdt@insee.fr dg75-syndicat-sud@insee.fr

 

22 janvier 2005 : "Ce jour où le monde a changé". Aurons-nous dans trois ans seulement la Grande bibliothèque encyclopédique et universelle au bout de nos doigts ? Avec quelles conséquences, bonnes et mauvaises ? La réponse est si vaste que quelques pages sont en cours de rédaction depuis un bon mois. Entre-temps, le président de notre Nationale, première victime du raz-de-marée annoncé, a fini par sortir de sa réserve tolbiacaise (Le Monde, 22-23 janvier), pour avancer des propositions indignes du XXIe siècle, et auxquelles il sera répondu.

 

31 décembre 2004 : IN PPN, l'Imprimerie nationale ne passera pas la nuit. Toutes les raisons de la condamnation à mort sont alignées dans un dossier de presse intéressant à plus d'un sous-titre, et Télérama y va de son requiem. Mais on remarquera que tous ignorent les Editions du même nom, comme si l'imprimeur de nos feuilles d'impôt comptait davantage que les dignes successeurs d'Aldo Manuce.

 

23 décembre 2004 : A mot couvert. Le jour où a été annoncée la nomination de madame Rice comme Secrétaire d’Etat américaine, un éditorialiste parisien titrait : « Monica II ». Quoi ? Bush aussi ? Mais non, il s’agissait d’une histoire de petit navire.

 

14 décembre 2004 : L'omnigooglisation du savoir a commencé. Le monde tremble d'excitation, de questionnements et d'angoisse : Google vient de passer un accord avec nombre de bibliothèques majeures (Harvard, Oxford, Stanford, Michigan et NYPL) pour numériser rapidement et sans distiction tous leurs livres afin d'en mettre en ligne le contenu. Une bonne centaine de millions de dollars va être rapidement déversée dans la mise au point et la production en série de scanners spéciaux destinés à obtenir un résultat tangible sans trop tarder (la numérisation des fonds avait débuté un peu partout, mais elle était lente, précautionneuse et hors de prix). En l'occurrence, admirons l'OPR (offre publique de rapt) lancée par un simple informaticien sur le capital des connaissances humaines, qu'il va lui être permis de rentabiliser sans le moindre état d'âme, sous couvert de l'immense service rendu à la communauté des chercheurs (surtout les hémiplégiques et les paresseux). Une telle révolution, annoncée dans Livres en feu page 334, survient donc plus tôt que prévu et avec un opérateur inattendu. Elle pose tant de problèmes techniques, juridiques et intellectuels, voire philosophiques, qu'un bon chapitre dans la suite de ce livre ne sera pas de trop.

 

19 novembre 2004 : Le latingrec en appel. La réunion publique à l'EHESS du 15 mai, organisée par les vaillants centurions de l'enseignement des langues anciennes, a donné lieu à la publication d'un Appel pour le latin et le grec . Il est possible d'en obtenir un exemplaire gratuit par l'éditeur - évidemment - Les Belles Lettres.

 

18 novembre 2004 : Le prix du mal. Les lecteurs ordinaires ne s'en doutent pas. Chaque récipiendaire d'une grande récompense littéraire a accepté, déjà depuis des mois - parce que le parcours est long, d'interview en interview - de se déposséder de tout ce qui faisait sa vraie vie, afin de parvenir à cet état d'apesanteur où il finit par croire sincèrement en lui-même et en son oeuvre, sans quoi le prix ne peut lui être attribué. Tel un petit docteur Faustus, il lui est alors interdit de reconnaître ses amis dans la rue. Une autre vie commence, dont on mettra longtemps à guérir.

 

17 novembre 2004 : Sayyedna veille sur vous. L'homme à tête de tortue a fermé les yeux et croisé ses doigts moites pour l'action de grâce. Ses remerciements s'élèvent-ils vers quelque dieu ? Pas du tout. Ils vont vers le nouveau Vieux de la montagne qui, avec son habituel génie de la précision stratégique, a diffusé une vidéo juste à temps pour le faire réélire comme maître apparent du monde. La première action du nouveau président est de s'adjoindre comme adjudant une parfaitement convaincante monstresse de bande dessinée. A partir de maintenant, tout être humain est un ennemi potentiel. Les soldats ont bien compris le message d'encouragement : ils se mettent à achever les blessés irakiens.

Du haut de sa forteresse afghane, Notre Maître sourit dans sa barbe.

 

15 novembre 2004 : Question de mots. La plupart des pays ont un ministère de la défense, toujours un peu sur la défensive en effet quand il zqt forcé de se manifester. Mais vu la façon dont tournent les choses, ne serait-il pas plus judicieux de créer un ministère de l'attaque ?

 

15 octobre 2004 : Pour ceux et celles qui veulent des nouvelles d'Anna Amalia. En anglais ou en allemand, voir "http://www.anna-amalia-library.com/. Pour le français, il convient d'attendre un peu que l'auteur ait tout analysé.

 

30 septembre 2004 : Oeil pour oeil ? Un violeur récidiviste libéré par erreur. Les autorités judiciaires nous expliquent sans sourire qu'on a juste oublié de signer à son encontre la demande de prise de corps.

 

29 septembre 2004 : Lunettes noires. De retour du colloque international sur le sort de l'ancienne bibliothèque d'Alexandrie, qui a eu lieu du 26 au 28 septembre à la Bibliotheca Alexandrina (Egypte). Parmi les sujets abordés : les bibliothèques de l'ancienne Egypte, les troubles sous les Ptolémées et les Romains, Alexandrie entre les Arabes et Byzance. Une vingtaine de célèbres et parfois émérites conférenciers se sont succédé. Il y avait beaucoup à apprendre ; de leur communication mais aussi de bien d'autres aspects de l'événement. Tant et si bien que cela sera analysé et rédigé un peu plus tard, dans ce journal ou quelque livre.

 

16 juin 2004 : Remise d'un bon point à la SGDL. Merci, chers confrères.

 

10 mars 2004 : plus que trois semaines pour signer la pétition qui sauvera le latingrec.

 

26 février 2004 : Les canisses de Canossa. Le mot arabe pour synagogue est "kanis", celui pour dire église est "kanisa". Faut-il voir là que le judaïsme participe d'un principe masculin et que la foi chrétienne est d'essence féminine ? Un papa, une maman ? On espère qu'il existe un philologue au savoir assez pénétrant pour nous expliquer un jour cet intriguant phénomène. Ces deux mots dérivent de la racine trilittère ka-na-sa, balayer, d'où seraient également issus par le plus grand des hasards, sans doute, "konasa" (ordures) et "makanis" (tanières).

 

 

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