Dans l'ordre chrono-décroissant, voici des lectures lues, dont on extrait une phrase salutaire :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(**) Martin Robitaille, Proust épistolier, Les Presses de l’Université de Montréal, 2003.

 

(*) M. Proust, R. de Montesquiou, Correspondance, préface de Mathilde Bertrand, Payot & Rivages, « Petite Bibliothèque », 2018.
 

Septembre 2020

 

Robert de Montesquiou à Marcel Proust : « Il y a, entre nous, désormais, un mur de glace. Il contient, retient, maintient des fleurs colorées et fraîches ; on les voit, mais sans les atteindre. » (2015). Marcel Proust à Robert de Montesquiou : « Je suis si malade et, quand il s’agit de vous, si admiratif... » (1916).
 

La correspondance des écrivains fameux apparaît souvent comme un fond de tiroir éditorial peu reluisant, ou, au mieux, de quoi en savoir plus sur un auteur dont on sait déjà tout, que l’on aime tant qu’on n’en est jamais rassasié. Mais les 5 200 lettres répertoriées de Marcel Proust (certains spécialistes pensent qu’il en a existé le double, voire le triple) jettent une lumière indispensable non seulement sur le personnage mais aussi sur le mécanisme auquel l’œuvre-monstre qu’est À la Recherche du temps perdu doit son élaboration. Deux ouvrages récents, un facile-distrayant et un abstrus-instructif, procèdent à des exhumations du sens sur le même terrain.

Le premier (*), muni d'une préface plutôt scolaire et riche en idées reçues, offre une courte mais piquante sélection des échanges entre Marcel, qui n’était rien, et Robert de Montesquiou-Fezensac, célèbre poète, dandy éblouissant et homme du plus grand monde. Le lecteur assiste à la cour éhontée que Proust brûlant d’être connu fait au comte, qui le prend de haut, puis le renversement de cette offensive quand se propage le succès de la Recherche, le livre dont on cause. Mais les réticences progressives de Marcel Proust, sa langue devenue de bois et fuyante dans ces lettres, n’ont pas seulement comme source les œillères du  vedettariat.

Le second ouvrage (**) permet de le comprendre : ce Marcel était en fait un petit galapiat et il le restera. Dès son jeune âge, il se lance dans une correspondance frénétique avec ses grands-mères et sa mère, qu’il fait des efforts surhumains chez un gamin pour séduire en imitant leur style, la richesse de leur conversation, voire leur humour pour ce qui est de Jeanne Proust, la mère, sans rechigner à tomber dans la plus évidente flagornerie. D’après le Québécois Martin Robitaille, le pli est pris : toutes les lettres des décennies suivantes viseront à chercher à se faire admirer et surtout aimer, mais aussi, à tenir les gens à distance ; moins l’auteur veut voir les gens, plus les courriers sont longs, tortueux et fréquents. Robert de Montesquiou, ainsi, en pâtit. Une autre constatation et de taille, c’est qu’après la mort de la grand-mère maternelle adorée, les échanges avec la mère vont prendre un tour abominable, qui est l’envahissement de la sensibilité et du quotidien du jeune homme au point que, se devinant aimé surtout s’il est malade, il devient le malade le plus obsessionnel du monde. Va alors se produire une synergie entre la surenchère morbide et l’écriture des atermoiements, qui forge en toute discrétion ce qui fait l’originalité et la force de l’œuvre à venir : du papier à lettres aux paperoles, le flot sera naturel, et de plus en plus contourné. C’est en tout cas la thèse passionnante de cet essai, qui épluche les courriers échangés avec Jeanne, Montesquiou et Reynaldo Hahn (l'ami proche, puis lointain, puis re-ami et destinataire alors de cocasseries délirantes). De cet essai, on sautera, si on n’est pas un adepte, les filandreuses analyses psychanalytiques qui meublent lourdement certaines pages tout en s’éloignant du sujet.

 

 

 

Août 2020

 

* Ernst Jünger, Premier et second journaux parisiens,1941-1945 (avec, en intermède, les Notes du Caucase, contrepoint terrible de 1943 aux dîners du Ritz ou de La Tour d'argent). Une phrase dit tout : "Après les trois premiers jugements de valeur, on sait que l'interlocuteur appartient à l'autre camp, et l'on se cantonne dans de courtois lieux communs." (p.381). "L'autre camp", ici, c'est l'hitlérisme, et le camp de celui qui parle, c'est, au choix et tout ensemble, la poésie, l'art de la guerre, l'entomologie, l'honneur, les livres, l'horticulture, etc. Le militaire de haut vol qu'est Ernst Jünger a fait des pointes sur la corde raide qui a duré une bonne décennie, aux ordres d'un pouvoir qu'il qualifie de démoniaque, tout en tenant un journal dont mainte page, malgré les mots couverts, pouvait le conduire devant le peloton d'exécution. Cette "corde raide", bizarrement, est constituée de fibres suffisamment denses pour qu'elle accompagne toujours la pensée de l'auteur, pourtant mort centenaire il y a vingt ans : l'animosité qu'il inspire en Allemagne est virulente ("Sa subtilité ne l'empêche pas de se lier avec tous les Français possibles et imaginables, comme si de rien n'était", formule un critique en 1943) ; elle ne s'atténue toujours pas aujourd'hui. Et il existe encore en France un ou deux obscurs rats de bibliothèques pour lui chercher noise, ce qui est évidemment des plus faciles et souvent gratuit (par exemple en feignant d'amalgamer le parti nazi et l'armée), comme le prouvent bien des détails de ces journaux, qu'il suffit de lire avec un peu d' attention.

 Ernst Jünger - Premier et second journaux parisiensCes pages éthérées, qui font respirer au jour le jour l'ambiguïté méphitique de l'Occupation, nous les

 avions déjà lues dans les années 70 chez le même éditeur. Ce dernier les a republiées dans sa 
 collection "Titres" (un mot poli pour "poche") après révision par Julien Hervier,
dont la biographie de

 référence de Jünger demeure scandaleusement indisponible chez Fayard. En particulier, elle est
 indispensable pour savoir quels personnages sont dissimulés sous les prudents pseudonymes de ces mémoires parisiens.
 

Traduction de l'allemand par Frédéric de Towarnicki et Henri Plard, revue par Julien Hervier, Christian Bourgois éd., 2014, 775 pages, 12 €.

 

 

Juillet 2020

 

 

* Edgardo Franzosini, Bela Lugosi, Biographie d'une métamorphose. "Je suis le comte Dracula, je suis le roi des vampires, je suis immortel" furent les derniers mots de cet acteur hors du commun, né en 1882 à Lùgos en Hongrie, d'où son pseudonyme, et mort à L.A. en 1956 après avoir marqué de sa présence étrange un bon nombre de films, dont le Dracula de Tod Browning en 1931, dans lequel il campe un monstre en frac, contre-pied radical du Nosferatu de Murnau et, sans le savoir, de l'incarnation saignante que nous offrira plus

 tard ChriBela Lugosi. Biographie d'une métamorphosestopher Lee. L'écrivain italien Edgardo Franzosini s'est attaché en 1984 à raconter

 comment le personnage créé par Bram Stoker a très immédiatement vampirisé l'acteur et

 comment celui-ci a dorénavant surjoué son existence, au point que Peter Lorre est venu à son

 enterrement avec un pieu qu'il lui aurait enfoncé dans le cœur si Boris Karloff ne l'en avait

 empêché. Récit passionnant, enrichi de nombreuses annotations, curiosités et parallèles

 inattendus, joliment édité de surcroît.

Trad. de l'italien par Thierry Gillybœuf. Genève, La Baconnière, 2020.

 

 

* Susan Orlean, L.A. Bibliothèque. "Bibliothécaires et documentalistes doivent lire comme un ivrogne boit", a dit Althea Warren, nouvelle directrice de la bibliothèque de Los Angeles (1933-1947) dans sa première adresse au personnel. Les choses ont bien changé depuis lors. Leur évolution est une pandémie.

L'intérêt majeur de ce livre est qu'il retrace toute l'existence pittoresque de l'institution, depuis le cabinet de lecture Amigos del pais en 1844 jusqu'à l'organisation en réseau de ses 80 succursales, les dizaines de millions de visites et la diversification en centre d'aide sociale, téléphone réponse à tout même les questions ineptes, lieu d'accueil des SDF ou jardin d'enfants : depuis trente ans ce n'est déjà plus un "tiers lieu" mais au moins un quintuple lieu, où la présence des livres et surtout des livres en papier s'estompe, et finira par paraître saugrenue, tels de muets objets dans un coin de musée.

La bâtisse massive dans le style hispano-maya-égyptien de la bibliothèque publique centrale de Los Angeles fut inaugurée en 1926, qui parut impressionnante jusqu'à ce que des gratte-ciel de verre se mettent à jaillir tout autour et l'écrasent. D'autre part, même si la voûte de sa spectaculaire rotonde suscite encore l'admiration, le lieu n'était pas conçu par un spécialiste de ce genre d'établissement et - comme à la BnF de Tolbiac - toutes les pires erreurs furent commises (stockage, sécurité, etc.), qui menèrent au désastre du 29 avril 1986 : le feu prit mystérieusement on ne sait où puis ravagea les lieux. Les livres se consumèrent pendant plus de sept heures, après quoi ils se mirent à macérer dans les tonnes d'eau déversées par les pompiers (400 000 ouvrages brûlés, 700 000 imbibés).

L'incendie est raconté dans Livres en feu, Histoire de la destruction sans fin des bibliothèques (Folio), mais la très patiente enquête de la journaliste Susan Orlean révèle une infinité de détails ignorés. Le récit est "à l'américaine" : mi-thriller mi-journal des émotions de l'auteur à la première personne du singulier, allers-et-retours permanents dans le temps et suspense savamment entretenu (mais qui a fait cela ?).

Cette biographie d'une bibliothèque est cependant une agréable lecture L.A. bibliothèque - broché - Susan Orlean, Sylvie Schneiter ...pour les non spécialistes (lesquels spécialistes, d'ailleurs, s'y instruiront beaucoup).

NB : Le titre ne se lit pas La Biblothèque mais se prononce "Elle est" pour "Los Angeles Bibliothèque". C'est originellement The Library Book, c'est-à-dire "Le Livre de la Bibliothèque", pour affirmer sans doute que cette histoire a valeur d'exemple à méditer pour tous les établissements de lecture publique aux Etats-Unis, et bientôt partout dans le monde.

Editions du Sous-sol, 2020.

 

 

 

 

Juin 2020 encore, après une flânerie sur le site "Stalker", trois ou quatre titres.

 

* Dominique de Roux, Immédiatement.

"Technocrate : fils de famille pétrifié du côté droit et impuissant du côté gauche. Au milieu une intelligence qui se justifie sans fin, sur le mode du cadavre qui bafouille." Pour le reste, on sent que ça a dû être piquant un jour, mais il faudrait maintenant éclairer en note de bas de page les initiales avec les noms cachés pour raviver l'intérêt du chercheur, voire du lecteur. Demeure cependant suranné avec toutes ces considérations sur "la femme... une femme ceci... les femmes cela..." ainsi que les aphorismes à l'emporte-billet (plus nébuleux qu'à l'emporte-pièce). De Roux ne réussit pas à être entièrement antipathique cependant, et il est souvent sagace : "L'Amérique est à la biosphère ce que le cancer est au corps humain".

Immédiatement par Roux

 

 

 Dans ce livre est publiée une étonnante lettre de mise en garde que lui envoie Romain Gary en

 71 et qui conclut ainsi : "Mais on ne va nulle part en dansant autour de soi-même". Tous les

 jeunes auteurs et auteuresses devraient méditer cet avertissement.

 

 Christian Bourgois, 1972, La Table Ronde, 1995.

 

 

 

* Georges Bernanos, La France contre les robots.

NB Le titre initialement prévu était Hymne à la liberté, bien plus d'actualité en 1946, mais celui qui fut curieusement choisi devait sans le savoir projeter l'ouvrage sur le devant de nos consciences un demi-siècle plus tard car il dévoile "une de ces évidences imbéciles qui assurent l'imbécile sécurité des imbéciles. Ces malheureux auraient été bien incapables de prévoir que rien n'arrêterait les cupidités déchaînées, qu'elles finiraient par se disputer la clientèle à coup de canon : « Achète ou meurs ! »" Ou encore : "On ne comprend absolument rien à la civilisation moderne si l'on n'admet pas d'abord qu'elle est une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure."

Attaque frontale du consumérisme et des machines (que nous enrobons aujourd'hui du frimeur "nouvelles technologies", qui est d'ailleurs une faute de français, un travers que Bernanos sentait aussi venir). C'est une lecture brûlante donc, si on peut supporter le christianisme qui perle aux commissures de chaque intuition (mais peut-être que, sans la foi, Bernanos n'aurait pas été aussi loin dans l'alerte).

R. Laffont, 1947, Le Castor Astral, notes et postface d'Albert Béguin, 2009.

 

 

* Michel Bernanos, La Montagne morte de la vie.

Quatrième enfant du précédent, mort à 41 ans en 1964, un an après avoir écrit la dernière ligne de ce roman : "Le seul souvenir qui me reste, depuis des siècles que je vis dans la pierre, est le doux contact de larmes sur un visage d'homme." Orientée faute de mieux vers les amateurs de fantastique, cette sublime aventure va bien au-delà du genre : son étrangeté surhumaine constitue un filon rare dans la littérature francophone, dépourvue comme on sait des neurones de l'imaginaire.

 La pLa Montagne morte de la vie, de Michel Bernanosetite poignée de livres de Michel Bernanos fut éditée après son suicide. Ce n'est pas très

 glorieux, je dirais.

 Que publiait-on en 1964 ? En flagrant délire (John Lennon), Paris est une fête (Ernest

 Hemingway), Les Mots (Jean-Paul Sartre), Un guide raconte (Gaston Rebuffat), etc.

 

 Jean-Jacques Pauvert, 1967, L'Arbre vengeur, 2017.

 

 

 

 

* Arthur Machen, Le Grand Dieu Pan. "Je suis bien certain de n'avoir rien compris de la vraie source et de la quintessence de l'histoire au moment où je l'écrivais. Tout est venu d'une maison solitaire, sur un flanc de colline, sous un grand-bois, au-dessus d'une rivière dans le pays où je suis né" avoue l'auteur.

 Le critique Juan Asensio place Machen bien au-dessus de Lovecraft, qui s'en serait inspiré. Je

 crois pourtant que les deux hommes, distants par la culture et les continents, étaient habités de

 deux folies entièrement cloisonnées, Machen se trouvant plus proche de Poe ou de Hawthorne,

 du XIXe siècle en fait, avec sa pudeur allusive, voire tortueuse et souvent frustrante, qui le tient à

 l'écart de toute bassesse. Une lecture délicieuse, quoi qu'il en soit, dans l'une ou l'autre version.

 

Petite Bibliothèque Ombres, trad. Paul Jean Toulet, 1993.

Suivi de La Lumière intérieure, trad. Anne-Sylvie Homassel et Jacques Parsons, Terre de Brume, 2018.

 

 

 

Juin 2020

 

* Woody Allen, Soit dit en passant. "A mon âge, je mise avec l'argent du casino" dit aujourdhui cet homme-papillon, de son habituel ton abattu.

Le titre original de cette "Autobiographie" est Apropos of Nothing : c'est en effet "au sujet de rien" que furent écrites ces 536 pages, mais on ne va pas chercher noise à son éditeur français pour un titre raté dans la mesure où il fallait un certain courage éditorial face au déferlement de haine que l'auteur a généré : de multiples pécores françaises y vont de leur petit fiel dans Bibliobs, En attendant Nadeau, etc. et montrent qu'elles ne comprendront jamais ce qu'est l'humanité. L'essentiel du livre consiste à dire le tragique d'une existence d'amuseur qui n'en finit pas de se tromper. Pas un de ses cinquante films ne présente un grand intérêt et il nous explique pourquoi, et par quel processus mental il est responsable de ses ratages. Pas une de ses centaines d'aventures sexuelles ne finit proprement, pour des raisons similaires. Si on veut faire quelque reproche à cet ouvrage, c'est son côté name dropping, qui nous dépasse un peu de ce côté du monde, et aussi le fait qu'un très long et détaillé chapitre est consacré aux démêlés avec "Rosemary" Farrow, dontWoody Allen's New Memoir Is Sometimes Funny — and Tone Deaf and ... l'effroyable résultat est la destruction sociale de Woody Allen, en tant que star, réalisateur et humoriste. D'ailleurs ces pages-là sont entièrement dénuées de la verve et de l'humour absurde qui ont fait la gloire de cet humain trop humain, Allen. En conclusion, le livre vaut surtout pour le portrait d'un monde du cinéma et de la presse, dont apparaît la franche monstruosité. Roman Polanski a certainement apprécié. Stock, 2020 (l'image montre la couverture américaine).

 

 

* Olivier Charneux, Le Prix de la joie. Eté 1963, l'affaire Trenet. "Alors je suis joyeux, je ne suis pas gay."

Comme Cabu et la France entière d'alors, je suis imprégné des chansonnettes de Trenet (né à Perpignan, lycéen à Béziers et admirateur de la ville de Narbonne, comment y échapper ?), dont des bribes musiquées tournent toutes seules dans l'arrière-salle de mon crâne, comme "Fi-celle, sois donc bénie...". Etant cependant le contraire d'un fan, je ne connais rien de la biographie du chanteur et ne possède aucun de ses disques. C'est donc avec épatement que je découvre que ce millionnaire de l'insouciance a été trois fois en prison pour homosexualité. Il est vrai que les années cinquante et soixante du siècle dernier furent terriblement corsetées, on peut dire pétainisto-gaulliennes, pour ce qui est de la chose, même hétéro. C'est l'amère ambiance de cette période qu'évoque Olivier Charneux, en se mettant dans la peau du fou chantant en prison - tentative d'ailleurs peu convaincante car le monologue intérieur de Trenet devait être le contraire de ce qui est ici imprimé - et en nous fournissant le résultat d'une recherche précise et approfondie, sauf une grossière erreur à la dernière page, pour la sortie de prison le 10 août 1963 à Aix : "ma mère (...) prend place derrière moi", alors que la photo parue dans La Provence montre que c'est elle la vedette au premier plan et que son grand balourd de garçon la suit et même la regarde avec reconnaissance. Tout est là, sans doute.

Cette enquête nous apprend que le métier du spectacle, le public et la presse avaient immédiatement rayé Trenet de leur mémoire, ce qui n'est pas sans cousinage avec le sort actuel de Woody Allen, ni surtout celui d'Oscar Wilde. La notoriété c'est la mort. Ou bien, comme disait Saint-Simon, "c'est la rançon de la grandeur". Mais il n'y a plus de grandeur aujourd'hui.

Editions Séguier, 2020.

 

 

* Roger Caillois, Puissances du rêve. "Le mystère du rêve naît du fait que cette fantasmagorie, sur laquelle de dormeur ne peut rien, est cependant tout entière issue de son imagination. Comme elle se déroule sans son aveu, il a peine à s'en croire responsable. D'autre part, il ne peut pas ne pas se persuader qu'elle lui est adressée." Cette anthologie rassemble des auteurs connus (Poe, Wells, Cortazar, Bierce, Gautier...) que l'on a toujours plaisir à relire, mais elle fait aussi découvrir de nombreux écrivains peu connus : Gjalski, Onions, Golding, Levinson, ou à contre-emploi, si l'on peut dire, comme Maugham et Kipling.

C'était déjà le cas avec L'anthologie du Fantastique (1958), présentée par le même Roger Caillois, chez le même éditeur. Agréable exemplaire numéroté, relié pleine toile bleu ciel, texte sur deux colonnes en Didot corps 9, au club français du livre, 1962 (Payé 9 € chez mon bouquiniste).

 

 

Mai 2020

 

* Olivier Le Carrer, Atlas des lieux maudits. "Il semblerait que le paradis ne soit pas si différent du monde réel : il y faut toujours quelqu'un pour descendre les poubelles." Olivier Le Carrer, né en 1963, journaliste-navigateur, a publié plusieurs ouvrages liés à sa passion pour la mer. Celui-ci s'aventure dans l'horreur

Atlas des lieux maudits

 cachée du monde actuel et recense quarante lieux en voie de perdition que nous

 préférerions ignorer, comme l'île-poubelle des Maldives qui épaissit chaque jour, ainsi que la

 base russe Zapadnaya Litsa, où rouille une centaine de sous-marins nucléaires au rebut,

 Tchernobyl de la brocante, ou encore l'apocalypse que nous mitonne la Cumbre Vieja, à deux

 pas d'ici. Ce serait donc plutôt un atlas des lieux pourris que ce livre, s'il ne s'y glissait quelques

 endroits pétris de légendes maléfiques ou enchantées, dont la présence est un peu inattendue, de même que l'humour légèrement sarcastique sous lequel l'auteur dissimule peut-être son désespoir.

En tout cas, aucun amoureux des livres n'ignorera cette publication admirable, systématiquement illustrée de cartes anciennes aquarellées qui font doucement rêver et, accessoirement, vous poussent à vérifier sur votre moteur de recherche l'état très concret, hélas, des affres si joliment répertoriées.

Flammarion et Arthaud, un volume in-4° relié, dos toilé noir, 2013.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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